Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France (1913, version intégrale).

Le parcours du Transsibérien, c’est le long tracé jaune sur la carte: Moscou-Vladivostok.
Ou : Prose de la Petite Jehanne de France et du Transsibérien …

Facsimile de la signature de “la petite Jehanne de France” (source: cliquer sur la signature). Ou est-ce “Johanne”? Elle avait appris à signer son nom à la cour de Charles VII.
À gauche, une illustration en facsimile de la signature de “la petite Jehanne de France”.
Elle avait appris à signer son nom à la cour de Charles VII.
On la connait sous le nom de «Jeanne d’Arc», mais elle ne s’est apparemment jamais appelée elle-même «Jeanne d’Arc», ni même, probablement, «Jeanne».
Le titre du poème de Cendrars, en toute logique, peut tout aussi bien se lire : « Prose de la petite Jehanne de France et du transsibérien… »
La logique syntaxique du titre donne tout autant d’importance à «la petite Jehanne de France» qu’au chemin de fer, qu’au «transsibérien».
On rencontre, dans le poème, au moins trois femmes différentes : Jeannette, Jehanne, et Jeanne… Durant son procès, à Rouen, celle qui renversa le cours de la Guerre de Cent Ans en 72 jours, déclare, quand on lui demande son nom: «Jeannette à la ferme, et Jehanne en France».
C’est d’ailleurs en honneur de Jehanne que Cendrars a écrit la prose, il le dit lui-même:
«Je voudrais n’avoir jamais fait mes voyages
«Ce soir un grand amour me tourmente
«Et malgré moi je pense à la petite Jehanne de France.
«C’est par un soir de tristesse que j’ai écrit ce poème en son honneur..»
Et auparavant, toujours dans la Prose :
«Je m’abandonne
«Aux sursauts de ma mémoire…»
Les sursauts d’une mémoire collective.
On a pas fini de lire la Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France.
Ni, d’ailleurs, cet autre chef-d’oeuvre de Cendrars, Pâques à New York, écrit en 1912, à peine un an avant la Prose (1913), et qui exprime et éclaire, avec la Prose, toute la complexité de la sensibilité qui anime Cendrars, et la force irrésistiblement poignante de ses sursauts de mémoire : Pâques à New York. Blaise Cendrars. Tu reviens quand, Blaise? Texte original et intégral de Pâques à New York (1912).
*
Blaise Cendrars
Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France
Dédiée aux Musiciens
En ce temps-là j’étais en mon adolescence
J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J’étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J’étais à Moscou, dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n’avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
Que mon cœur, tour à tour, brûlait comme le temple
d’Éphèse ou comme la Place Rouge de Moscou Continue reading →