Rimbaud, le Bateau ivre, et un « lapsus-coquille ». Je est un autre.

 

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Cliquer ici pour accéder au texte intégral du Bateau ivre d’Arthur Rimbaud.

Je possède cet exemplaire de poche des poèmes de Rimbaud (couverture ci-dessus) depuis je ne sais plus combien d’années et chaque fois que je l’ai ouvert au Bateau ivre, j’ai rarement pu le faire sans sourire.

Dans l’ouvrage reproduit ci-haut, à partir duquel j’ai transcrit Le Bateau ivre, on lit, dès le premier verset du poème: «Comme je descendait» et non «Comme je descendais…»

Finale fautive en «t» à la première personne du singulier, au lieu de la finale correcte en «s».

«Comme je descendait …» “Je” est un “il” – «Car Je est un autre.» (Lettre de Rimbaud à Demeny). L’extrait reproduit dans cette illustration provient de l’édition dont la couverture est reproduite en début d’article. (Dépôt légal, premier trimestre 1960.)

À ma connaissance, c’est la seule coquille de tout le livre! Instruction du prote? Clin d’oeil du compositeur? Le compositeur, c’est celui qui assemble et dispose soigneusement les caractères pour l’impression – aujourd’hui, ces opérations sont électroniques, à l’époque elles étaient mécanisées et, ou, manuelles – j’ai vu l’imprimeur Pierre Guillaume, à la même époque, à Montréal, faire la composition de tout un livre à la main.

«Je est un Autre» disait Rimbaud dans sa lettre du 15 mai 1871 à paul Demeny (j’ai    découvert ces correspondances de Rimbaud très tardivement, et j’y ai découvert beaucoup de points communs):

«Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident: j’assiste à l’éclosion de ma pensée: je la regarde, je l’écoute: je lance un coup d’archet: la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène.»

Et surtout, le paragraphe suivant, dans la même lettre:

«Si les vieux imbéciles n’avaient pas trouvé du Moi que la signification fausse, nous n’aurions pas à balayer ces millions de squelettes qui, depuis un temps infini, ! ont accumulé les produits de leur intelligence borgnesse, en s’en clamant les auteurs

Arthur Rimbaud.

Et dans une lettre précédente adressée à Georges Izambard et datée du 13 mai 1871:

«C’est faux de dire: Je pense: on devrait dire: On me pense. … Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon …»

«Car Je est un autre», ce qui revient à dire que «je» est un «il». Le «t» de «descendait» est donc grammaticalement incorrect mais «rimbaldiennement» juste.

Je reviens au texte du Bateau ivre que j’ai transcrit sur ce blog et au «t» du mot «descendait». «Erreur» intentionnelle? Coquille de composition? Un «lapsus-coquille»? Une sorte de lapsus-coquille «transpersonnel»? …  Faut-il considérer que le compositeur du texte de cette édition connaissait l’oeuvre de Rimbaud et sa lettre à Demeny? Vous me direz que c’est le «hasard», mais c’est quoi, le «hasard»? Il a le dos large comme l’univers, ses voies sont profondes, impénétrables (ou alors courez tous acheter le billet gagnant), en fait, il fait tout ce que Dieu faisait avant – mais sous un pseudonyme.

La fumée qui monte de la pipe et le prolongement vers l’avant du rebord du chapeau d’Arthur dessinent et composent très nettement le profil d’un visage avec la couette de cheveux, puis le nez, puis la bouche: on (je) pense à une représentation de «l’autre» :)  Intentionnel chez Verlaine? Inconscient? Cette illustration est une reproduction du dessin original complet de Verlaine dont une partie figure sur la couverture de mon édition des poèmes dans Le Livre de Poche reproduite en début d’article. Le dessin est signé “P. V.” (Paul Verlaine). Daté de la main de Verlaine: 1872. Avec la mention «De mémoire». J’ai trouvé cette reproduction sur un blog plein d’images, icfairies.

J’ai envie d’opter pour une coquille intentionnelle du compositeur – avec la complicité du correcteur d’épreuves à une étape ultérieure (ma foi! je l’oubliais celui-là!); l’idée est juvénile, réjouissante, et loin d’être idiote – et la poésie est l’affaire de tout le monde. Mais je n’ai évidemment aucune preuve.

Il demeure tout de même curieux qu’il n’y ait, dans la composition typographique de tout le poème – voire de tout le livre – qu’une seule coquille – et que ce soit celle-là, et qu’elle soit aussi signifiante, appropriée, congruente.

J’en salue les auteurs, et autres complices de la connaissance et du bonheur, dont personne ne pourra éluder l’étude, c’est une question de saison, et de trouver le sentier vers le château, le sanctuaire intérieur, le chaitya purusha: «J’ai fait la magique étude du Bonheur, que nul n’élude … »

Je me suis aussi demandé: retrouve-t-on cette «coquille» dans un manuscrit rimbaldien? Si oui, était-ce intentionnel chez Rimbaud? Je n’ai pas vérifié le passage « coquillé » (ou, en tout cas, apparemment « coquillant ») reproduit ci-haut en le comparant à d’autres éditions, et je n’ai évidemment accès à aucun manuscrit. So, je n’en sais rien.

Tout ça pour expliquer pourquoi vous verrez «t» au lieu de «s» en lisant le premier verset du Bateau ivre sur ce blog … :-), ce n’est pas une erreur de transcription de ma part, j’ai simplement laissé la coquille dans la transcription du poème, elle s’était glissée là, quelle qu’en soit la cause, en accord avec une assertion fondamentale de Rimbaud. Inutile de vous dire que j’aime beaucoup mon vieil exemplaire d’édition populaire échiffé et pas mal jauni des poèmes de Rimbaud

Chose certaine, Rimbaud est en bonne compagnie: Ramana Maharshi et sa question fondamentale: « Qui dit  je? » Ben oui, c‘est qui? Arthur savait dans son être combien cette question était loin d’être purement littéraire, ou un simple jeu (re : les extraits de sa correspondance, un peu plus haut), il en vivait les explosions et sa plume en vibrait à chaque mot, surtout dans ces oeuvres que je découvre tardivement comme Les Illuminations, Une saison en Enfer, sa prose épistolaire elle-même. Arthur abordait et traversait ce qu’un grand yogui indien a appellé La Zone intermédiaire. Un champ de mine, dangereux, mais où parfois des filaments d’or pur des plans élevés se mélangent et se faufilent et où des pierreries explosent.

Le dos du livre de l'édition de 1960 des poèmes d'Arthur Rimbaud dans Le Livre de Poche.

Le dos du livre de l’édition de 1960 des poèmes d’Arthur Rimbaud dans Le Livre de Poche.


© Copyright 2008 Hamilton-Lucas Sinclair (Loup Kibiloki, Jacques Renaud, Le Scribe), cliquer


Les Enchantements de Mémoire  – Sentiers d’Étoiles  –  Rasez les Cités  –  Électrodes  –  Vénus et la Mélancolie  –  Le Cycle du Scorpion  –  Le Cycle du Bélier  –  La Nuit des temps  –  La Stupéfiante Mutation de sa Chrysalide


Beaucoup de poèmes de Jacques Renaud ( Loup Kibiloki )


La Colombe et la Brisure Éternité    —    La Toupie, la Ballerine et le Miel.    —    La Licorne, poème venu d’une blancheur médiévale    —    Toutes les terrasses du monde s’ouvrent sur l’infini. On va prendre un café ensemble.    —     Monologue de l’âme-soeur    —    Lettre d’eau ou J’ai assez vécu pour savoir combien j’ai voulu être ici    —      Vague de mémoire. Petit tableau d’été.      —   Du commencement à la fin ou L’Oupanishad de l’ Ignorance    —   From Beginning to End or The Ignorance Upanishad


Texte intégral du Bateau ivre d’Arthur Rimbaud


Arrêtez de raser les parterres et de massacrer les plantes sauvages. Plus de 500 espèces en danger rien qu’au Québec. Laissez la Vie Vivre.


Les oeuvres de fiction de Jacques Renaud qu’on trouve sur ce blog :

Le Cassé, la novella, avec les nouvelles; la vraie version originale et intégrale, la seule autorisée par l’auteur.   —   Le Crayon-feutre de ma tante a mis le feu, nouvelle.   —   L’Agonie d’un Chasseur, ou Les Métamorphoses du Ouatever, novella.

La Naissance d’un Sorcier, nouvelle.   —   C’est Der Fisch qui a détruit Die Mauer, nouvelle.   —   Émile Newspapp, Roi des Masses, novella.   —   Et Paix sur la Terre (And on Earth, Peace), nouvelle.

L’histoire du vieux pilote de brousse et de l’aspirant audacieux, conte  —  Le beau p’tit Paul, le nerd entêté, et les trois adultes qui disent pas la même chose, nouvelle  —  La chambre à louer, le nerd entêté, et les quinze règlements aplatis

La mésange, le nerd entêté, et l’érudit persiffleur    —    Jack le Canuck, chanson naïve pour Jack Kerouac,  poème  —    L’histoire de l’homme qui aimait la bière Molson et qui fut victime de trahison, conte

Loup Kibiloki ( Jacques Renaud ) :  La Petite Magicienne, nouvelle;  Héraclite, la Licorne et le Scribe, nouvelle.


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9 Responses to Rimbaud, le Bateau ivre, et un « lapsus-coquille ». Je est un autre.

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  6. macian says:

    salut à tous,

    il n’existe pas a priori d’autographe de Rimbaud pour Bateau Ivre ou Le Bateau Ivre, mais une copie de Verlaine reconstituée de mémoire si j’ai moi-même bonne mémoire. Mais il y a d’autres curiosités dans les éditions ou voire les versions différentes des textes, en particulier le “voltigent partout les groseilles” transifif dans “Bannières de Mai” dont parle Aragon. J’ai pu voir dans le livre de Claude Jeancolas sur les fac-similés des textes qu’il existe une version transitive. A lire et à relire…

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    • Merci pour ces renseignements, je n’ai pas accès à beaucoup de livres. Ce que vous dites est fort intéressant et ne ressemble tellement pas à l’idée que les gens peuvent se faire généralement de toutes ces choses « littéraires », entre autres qu’il n’existe pas a priori d’autographe de Rimbaud pour Le Bateau Ivre. Sapristi, c’est fort. Ça rend rêveur. Et c’est excellent … :)

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  7. Lina says:

    Peut-être que j’interviens bien tard (je tombe sur cet article et par pure flemme, ne vérifie pas si ce wordpress est toujours tenu par quelqu’un), mais mon édition ne commet pas le “lapsus-coquille”… Les petites interrogations étaient drôles toutefois

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    • Merci pour la comparaison avec une autre édition. Je présume que votre édition est ultéieure à la mienne. L’est-elle?

      Le compositeur ou le typographe qui avait fait le coup (sciemment ou pas) a probablement pris sa retraite il y a longtemps, mon édition date des années 1960s.

      Si votre édition est ultérieure à la mienne, on a corrigé le lapsus-coquille pour les ré-impressions subséquentes – je ne suis évidemment pas le seul à avoir vu l’t.

      On a corrigé la vérité, quoi, la syntaxe de service se refusant à l’absorber…

      Il y a toujours un cravaté bien engoncé dans son moule qui veut faire correct et qui, chaque fois, se transforme un peu plus en huître en se claquant la coquille au visage; je connais l’espèce, je la fuis comme la peste.

      Pourtant, si les voyelles ont des couleurs, qu’est-ce qui empêche les consonnes de peindre à dessein?

      Je pense que le t..ypographe de mon édition avait raison.

      Les fleuves m’ont laissé descendre où je voulait…

      “Je” est 15. Le Yâb est dins détails :-) Tarot de Marseille.

      *

      La flemme est une sorte de flamme qui s’promène tranquille.

      Ça garde le thé chaud en le bonifiant tranquillement.

      Servez-vous et prenez tout l’temps..

      Le dernier post sur ce blog à ce moment-ci date du 25 mai 2010 et le dernier commentaire date du 28 du même mois… Sans compter le vôtre :)

      Loup.

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