Le Cycle du Bélier

Vents solaires.

Loup Kibiloki  ( Jacques Renaud )

Le Cycle du Bélier

poésie

texte original et intégral revu par l’auteur


Autres suites poétiques :  Sentiers d’Étoiles  –  Rasez les Cités  –  Électrodes  –  Vénus et la Mélancolie  –  Les Enchantements de Mémoire  –  Le Cycle du Scorpion  –  La Nuit des temps  –  La Stupéfiante Mutation de sa Chrysalide



© Copyright  1975, 1989, 2009 Hamilton-Lucas Sinclair (Loup Kibiloki, Jacques Renaud, Le Scribe) – cliquer pour lire les conditions d’utilisation. Entre autres: toute exploitation commerciale interdite.


 

«Qui est celle-ci qui surgit comme l’aurore,
belle comme la lune,
resplendissante comme le soleil,
redoutable comme des bataillons?»

Le Cantique des Cantiques


À Diane Bellemarre.  En souvenir de l’eau.  En souvenir du feu.


I

La lune embrasse le bélier.
Le zodiaque me tourmente.
Le feu s’élève dans mon ventre.
En toi je me démembrerai.
La lune embrasse le bélier.

Le scorpion est mis à sac.
La lune embrasse le bélier
dans la maison du scorpion.
Le bélier fonce jusqu’au fond.
Son coeur embrase le limon.

La lune embrasse le bélier.
Quel coeur ce cabestan qui tire!
La chaleur du dedans s’étire,
reptante en des inondations.
Je tombe au coeur du scorpion.

La lune embrasse le bélier
dans le silence de l’été.
La corne du taureau s’avance.
La lune extasie le bélier:
ivre il broutaille ses lactances.
L’eau fine embrasse la richesse.
Le feu raffine l’eau qui sèche.
Dans le corps fine est la finesse.
Si fine, la finesse d’eau.

Le rire:
lui, de sa source il clapotille.
Infiniment sur l’onde il brille.
Ci-brille un rire d’éléphant.
Sur l’onde, l’éléphant potille.

Dans sa complexité seul le coeur pur avance.
Elle me vêt de sa démence.
En mon silence elle paraît:
si fine est sa beauté qui danse,
si dense la beauté qui naît.

Si belle est la beauté qui pense.
Si dense est cette beauté forte.
La porte s’ouvre sur le vrai.
Si vraie est la beauté qui sait.

Le bélier danse en le limon.
Si bon est le bélier qui danse.
Si dense est la danse du fond.
Si bon le bélier qu’on encense.

Le feu embrasse le limon.
Si mol était le limon rance.
Ses yeux dans le limon s’élancent.
Si fol est ce limon qui pense.

La folle intense qui s’avance
(si folle est sa danse des yeux)
si miroitante de ciel bleu,
si folle, en la marge des cieux
affolle un mage dans mes yeux.

Dans mes yeux nage un affolant.

Ainsi s’avance-t-elle en l’âme,
la grande paix de mon été,
croissant dans l’ample déployé
du manteau mantillé de menthes.

Le feu assèche l’eau si fine.
Dans le corps fine est la finesse.
Si fine est la finesse d’eau.

Le rire se fit fluide
et cascada de corps en corps
en un éclair,
en des pluies de sommeils et d’éclairs,
en des émotions, des violences de sons,
des crues d’eaux fraîches,
des cataractes rugissantes et splendides,
des mondes au dedans,
secrets, profonds, hurlants, moelleux
où m’emportait en feu le Bélier blanc du feu de Dieu.

Son corps est mon corps où son sabot galope et brûle.
Son visage est roux de feu comme une divine argile.
Il est beau, il est vivant, le galopant bélier de feu.
Il est chaud par les narines et par la peau, quel feu!

Le rire était fluide,
il parcourait mon corps,
mon corps.
Son visage était mien,
son feu gonflait mon coeur,
mon coeur.

Il y eut des silences encore,
des trous d’hymnes,
des sifflements;

son visage montait partout dans son feu roux,
porteur de ses grands regards doux
dans les sifflements, les galops, les piétinements d’instincts
de ces corps bandés des centaures
qui éclataient dans la faim.

Tu enroulais d’avalanches de lin ces reins, bélier,
que tu ceignais de caresses douces insupportables
et les centaures galopaient hors des étables,
superbes de barbe et de bave
sous le fouet roux de ton plaisir.

Je te chevauchais en t’arquant sur les beautés du chien
(un dieu? une constellation? un son?)
dans des bruits d’ailes,
des bourdonnements de taons,
des bruits d’abeilles
(des semences, des échos blonds de limaçons),
des cris.

Des trouées douces
dans des apesanteurs de mousse.

La lune embrasse le bélier
dans la maison du scorpion.
La lune attire, pour aimer,
au coeur du scorpion profond,
l’innervateur de l’Achéron.
(La soif d’eau du bélier, sans fond.)

(C’était un jour où le noir brille;
le ventre a grand besoin
de ces versets qu’il bride et file.
Certaines corrections lénifient les entrailles,
d’autres aèrent le coeur,
d’autres chargent le ventre
d’une vitalité d’amour
qui monte.)

Car le Bélier, l’Agni, l’Agneau, le Feu, le Roux
habitera ce corps si doux ouvert aux orgues printanières.

Il avance son front de feu dans le carnage,
il est riche du tumulte silencieux des âges,
il frappe de sa flamme les ombres qui l’entravent.
Il brave.

La lune emportait le bélier
dans la maison du scorpion
pour un festin délibéré,
chargé d’un tumulte effréné.

La lune embrassait le bélier
qui s’enfonçait dans le fond blond
pour dévaster le scorpion,
le noir dévorateur de feu
et le sacrificiel aimant,
le renaissant.

Le feu brûle, au fond, la carnasse.
La carnasse pourrie dans l’eau basse
s’assèche au feu du bélier haut.

(Douceur d’aimer dans le taureau.
Vénus épouse l’hécatombe.
Agreste est la beauté du monde.
Vénus dans le taureau du monde.)

Angoisse
angoisse
angoisse,
beauté vivace
de l’an vert.

Angoisse
angoisse
angoisse,
corps plein,
corps né,
corps de la masse:
l’Amour aura percé ta vasque,
vérasque Base d’Anabase.

La lune immole le bélier
dans la passion du feu du fond.

L’amour intense l’a marié
aux damnations du scorpion.

L’amour embrasse le bélier
dans les richesses du limon.

L’amour, l’amour du scorpion.

Attouchée, la mère monte en sa soif écarlate.
Épris, le monstre mâle épousait sa dictée.
En lui, la belle oeuvrait par le verbe obéré.
Lacérée, morte et pure, montait la chance ailée
du chant scellé des houles
que l’éternité roule.

II

Bélier,
près de la blonde colombe, au soir de mon été,
la pluie près des marchés répand sa blonde odeur.

Ô blonde pure aimée près des hauts colombiers,
la vague de l’amour te portait vers l’azur.

Tu venais de ces soirs immenses dans les prés
où le fou rire ajoure.

Ô blonde pure aimée près des hauts colombiers,
tu noues l’intensité du coeur aux nids du ventre,
libations de l’ardeur dans l’antre des mésanges.
Notre rire hurlait comme un caillou sur l’eau.

Comme un caillou bondit sur l’eau, notre rire hurle
et tape à grand fracas sur l’onde parfumée.

Le miroir émietté en l’émiettoir se pare
du rire qui galope de son talon hilare
au grand enchantement titanesque du corps.

Les dieux, dit-on, s’amusent à s’aimer d’un rire fort,
si clair qu’il jette une ombre aux ailes du soleil
et tire en ses confins ses commissures lisses:
ainsi bondissions-nous sur la belle mer lisse.

Blonde Bélier bondis sur la terre gercée.

L’éclat de tes sabots sur la dure vie se pare.

Tu fais fuser, des trous, des jets de lave hilares
et c’est un beau jaillissement de saint nectar
montant de la couleur en pulsations bénies.

Blonde Bélier de feu, ton rire a tout émis,
tout lénifié, tout vu, tout soufflé, tout draîné
vers les écluses vertes qui dans les cieux se rouvrent
inexplicablement vers les yeux de ces louves
qui dans la nuit vermeille étalent la cimaille.

La nue terre labourée de ton sabot qui flambe
s’offre dans l’innocence au paon vert qui descend
et tu laboureras d’un semblable serpent
les cieux où les mésanges ont tourmenté la maille.

Beau Bélier, ton sabot dans l’azur étincelle;
la nuit est toute belle des joyaux de l’avare
et tu répands le rire aux quatre coins du phare.

Une étoile géante au ciel attend qu’un coeur,
éclatant de tout coeur d’un rire sonore et pur
s’ouvre à ses quatre bras gigantesques d’azur.

Montréal – 1975


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