La métaphore du chalet au bord du lac (7). Ahimsa. Non-Violence. Totalitarisme. Ghandi a su utiliser la violence de l’ennemi à son profit. Mais si, en place des Britanniques, il avait eu à faire face au Régime Communiste Chinois ? ..

 

2020-2030. L’immanence semble vouloir accoucher d’un volcan. L’explosion est à fleur de conscience. Ça sent l’horreur, la folie, la guerre.

Alors, cette méditation … (suite de  La métaphore du chalet au bord du lac (6).)

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Le totalitarisme étouffe la lyre et l’arc.  Il transforme le chalet au bord du lac en cerceuil permanent. Dans ce cerceuil permanent, les êtres se transforment en termites grugeuses et mesquines ou en vers aveugles. Le totalitarisme étouffe la polarité dynamique.  Le totalitarisme veut stopper la spirale des alternances réelles de la lyre et de l’arc (Relire La métaphore … (1) et La métaphore … (6))  —  et c’est pourquoi le totalitarisme est non seulement mort en partant :  il est l’Incarnation même de la Mort et du Mensonge et la lyre y sonne toujours faux.

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« La cruauté est la source secrète de son délice.  Pour l’ennemi totalitarisant … peu importe que ses opposants soient “violents” ou “non-violents”, “gentils” ou pas “gentils”, “pleins d’amour” ou pleins “d’autre chose”.  L’ennemi totalitarisant s’en fiche.  Il avance en méprisant, en mentant, en manipulant, en séduisant, en soudoyant, en soumettant, en étouffant, en écrasant, en tuant. … »  —   La métaphore du chalet au bord du lac (7).

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« Paix! paix! disent-ils; Et il n’y a point de paix. »  —    Source:  Bible Louis Segond, 1910; Jérémie, chapître 6, verset 14.

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« La paix est en nous, solide et fraîche comme une odeur de menthe sous un ciel bleu au milieu des tempêtes du monde. La paix est là, en nous, solide et imperturbable, — ou elle n’est pas. Quand la paix est là, elle est là. Quand elle n’est pas là, nous sommes absents. La Paix baigne le monde de son eau divine mais l’écrasante majorité n’éprouve pas la sensation de l’eau  —  sauf quand le déluge éclate. »  —   J. R.

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Un Régime Communiste chinois aurait très tôt jeté le Mahatma au cachot sans habeas corpus. Ou bien ce Régime l’aurait cantonné, anonyme et chiffré, dans un camp de ré-éducation et de travail forcé. Ou encore, le Régime communiste chinois l’aurait exécuté sommairement et, aujourd’hui, on ne connaîtrait peut-être même pas le nom de Ghandi. Et sa lyre aurait péri avec lui.

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L’ahimsa, la non-violence, cette idéologie (ou cette méthode) dont Ghandi se réclamait, qu’il répandait et qui inspirait sa pratique, ce concept “d’ahimsa”, en soi, est trop “unipolaire” pour me convaincre. La violence britannique constituait évidemment l’autre pôle. Cette violence britannique était le levier indispensable à l’articulation de l’action de  Gandhi. Gandhi, le Mahatma, (la «Grande Âme»), n’agissait pas dans un vacuum. Il n’aurait évidemment rien pu faire sans la violence britannique, sans la chercher, et sans l’obtenir. Ici, on est dans le “ça-va-de-soi”.

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La non-violence ne peut exister qu’en polarité avec son contraire, la violence. Cette violence à laquelle l’ahimsa s’attache et sur laquelle elle s’articule en y opposant sa passivité victimaire.

En pratique, l’ahimsa, c’est le nom donné à une tactique, à un modus operandi qui utilise la violence de l’autre, non pas tant sur un mode comparable au judo, mais plutôt sur un mode comparable au masochisme — et à l’effet “charismatique repoussant” (inversé) que la souffrance de la victime peut produire sur le segment “libéral” de la population à laquelle le violent appartient.

La tactique de l’ahimsa peut, dépendant des circonstances, fonctionner ou ne pas fonctionner, mais l’ahimsa ne résout fondamentalement rien, ça n’est pas applicable universellement, loin de là : si les Britanniques avaient massivement massacré Gandhi et ses militants (ce que la Chine communiste, elle, aurait vraisemblablement fait), la tactique de Gandhi aurait fait long feu. Pfuit.

Ghandi, en absorbant les coups de l’occupant britannique, s’adressait, en réalité, surtout à l’opinion libérale britannique, émue par son action, de l’autre côté de la Manche. Ghandi s’adressait ainsi, au-delà des continents et mers, à une psyché collective pétrie de morale chrétienne. L’importance de cette dernière, ici, est fondamentale.

Si Ghandi avait eu à faire face à la violence d’un occupant chinois communiste, à quelle opinion libérale chinoise active, “pétrie de morale chrétienne” (!?), Ghandi se serait-il adressé? Je parle d’une opinion libérale chinoise qui aurait été en mesure de s’émouvoir ouvertement, puis d’émouvoir des foules, d’influencer Mao et les maîtres chinois? À toutes fins pratiques, une telle chose n’existait pas, il n’y en avait pas.

Par exemple, si la Chine communiste, un jour, attaquait et envahissait l’Inde — ( Aurobindo, entre autres, le soulignait il y a longtemps) — l’ahimsa à la Ghandi entraînerait un désastre pour la population du sous-continent indien.

En présence du totalitarisme, — que ce dernier cherchât à s’imposer, ou soit en voie de s’établir, ou soit déjà établi, — la “non-violence”, l’ahimsa, va à l’échec et peut être suicidaire.

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Vous entendrez les tenants d’une forme ou d’une autre de non-violence dire dans des assemblées :  «Surtout, pas de violence, l’ennemi n’attend que ça pour nous nuire dans les massemédias, nous faire mal paraître, et nous écraser..» Mais l’ennemi, pendant ce temps, lui, est hypocrite, menteur, violent. Il l’est à chacun de ses pas fourchus. Il ne cessera jamais de l’être. En fait, on le voit de mieux en mieux, il est plus que violent, il est cruel, — c’est-à-dire qu’il est pervers.

L’ennemi totalitarisant agira ainsi de plus en plus, peu importe que ses opposants soient “violents” ou “non-violents”, “gentils” ou pas “gentils”, “pleins d’amour” ou pleins “d’autre chose”.  L’ennemi totalitarisant s’en fiche. Il avance en méprisant, en mentant, en manippulant, en séduisant, en soudoyant, en soumettant, en étouffant, en écrasant, en tuant.

La cruauté est la source secrète de son délice.

À suivre

-30-

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[ Les notes qui précèdent, profondément révisées, ont été d’abord écrites dans les années 1990s quand j’habitais Ottawa.

On trouve parfois une copie de ces notes originales, divisées en trois parties, sur certains sites web, sous le pseudonyme de Jocelyn Waller.

Un long extrait des notes originales a été publié en 1999 dans le No 83 de la revue littéraire montréalaise Moebius, toujours sous le pseudonyme de Jocelyn Waller.]

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About Jacques Renaud

Écrivain.
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