Et si la masse des lois d’un État était le grimoire d’un Ogre ?

Ou d’un gigantesque Golem ?

Du Léviathan de Hobbes aux Géants-Villages de Clive Barker

Un survol évocatoire et intuitif de ce qui nous agglomère et nous vampirise

« Le Titan contrôle l’égrégore étatique. Il s’incarne dans l’État, l’imprègne, et veut que ses serviteurs le reconnaissent solennellement pour maître et qu’ils imposent, d’abord dans le temple étatique, puis éventuellement à tous et sur tout le territoire, sa réalité suprémaciste et son contrôle intégral. »

« Il a été meurtrier dès le commencement… Lorsqu’il profère le mensonge, il parle de son propre fond car il est menteur et le père du mensonge. » Jean, 8, verset 44.

« Comme un lion rugissant cherchant qui dévorer.. » — Pierre, 1, 5:8

Fragment de la gravure de Abraham Bosse pour l’édition originale de «Léviathan» (1651) de Thomas Hobbes (1588 – 1679). Le corps de l’État, le corps de Léviathan, semble vêtu d’une cotte de maille. En réalité, quand on regarde de près, ces “mailles” sont un treillis tressé d’humains. « C’est le corps de l’État, dit Vaslav, … c’est la forme de nos vies. » (Clive Barker, Dans les collines, les Cités; Livre de sang.) Voir, plus bas, la citation complète de Barker qui reprend, dans les années 1980s (1984), le même thème archétypal que celui du corps du Léviathan.

Fragment de la gravure de Abraham Bosse pour l’édition originale de «Léviathan» (1651) de Thomas Hobbes (1588 – 1679). Le corps de l’État, le corps de Léviathan, semble vêtu d’une cotte de maille. En réalité, quand on regarde de près, ces “mailles” sont un treillis tressé d’humains. « C’est le corps de l’État, dit Vaslav, … c’est la forme de nos vies. » (Clive Barker, Dans les collines, les Cités; Livre de sang.) Voir, plus bas, la citation complète de Barker qui reprend, dans les années 1980s (1984), le même thème archétypal que celui du corps du Léviathan.

Il y a une sorte d’opération magique d’agglomération, de vampirisme, de contrôle, voire un acte de sorcellerie à l’oeuvre dans le fait de sceller des populations entières dans un immense rêt, une sorte de treillis contraignant de lois.

L’ensemble des lois d’un État me font penser à un grimoire.  Certaines lois tiennent certainement, en tout cas, d’une sorte d’abracadabra surréaliste, ou cruel, ou bizarre. Ou tout ça en même temps.

Gravure de Abraham Bosse pour l'édition originale de Léviathan (1651) de Thomas Hobbes (1588 – 1679).

Gravure de Abraham Bosse pour l’édition originale de Léviathan (1651) de Thomas Hobbes (1588 – 1679). L’image n’est pas sans évoquer celle du bateleur du Tarot de Marseille.

Tous ces oukazes nous fabriquent, nous contrôlent, nous pillent, nous font et nous défont, nous moulent, nous démoulent, nous émiettent, nous remoulent, avec le temps nous étouffent ou nous débilitent de plus en plus.

Ces “lois” auraient tendance à augmenter monstreusement en quantité, en complexité, en perversité, en masse de contraintes, et même en une sorte de surréalisme maniaque, au fur et à mesure de la décadence des sociétés, une décadence caractérisée par une diminution de la qualité de conscience chez les individus, de haut en bas des hiérarchies. À la fin, chaque être est en inimitié avec tous.

L’État. Il y a plus de trois siècles, en 1651, Thomas Hobbes, dans un traité capital, Léviathan, concevait l’État comme un Titan, une sorte d’asoura, monstre complexe et gigantesque, un «animal artificiel» qui agglomérait tout le monde, au premier chef les membres de l’État, dans le “tissu” de son être ou de son égrégore.

L'arcane I, dit « Le bateleur », Tarot de Marseille.

L’arcane I, dit « Le bateleur », Tarot de Marseille.

Évidemment, Léviathan n’était pas écrit pour “dénoncer” l’État mais pour le défendre, en faire l’apologie, l’établir sur des bases plus solides encore et en affirmer l’envergure, le totalitarisme, la vocation de contrôle total.  « C’est le corps de l’État, dit Vaslav, si doucement que sa voix était à peine plus forte qu’un murmure, c’est la forme de nos vies…» (Clive Barker, Dans les Collines, les Cités; je cite un extrait de la nouvelle plus bas dans l’article).

Rappelons que le léviathan, qui désigne l’État chez Hobbes, désigne traditionnelement, depuis au moins deux millénaires, « un monstre colossal, dragon, serpent … ; il peut être considéré comme l’évocation d’un cataclysme terrifiant capable de modifier la planète, et d’en bousculer l’ordre et la géographie, sinon d’anéantir le monde. » (Wiki)

On pense à l’Ogre des contes, aussi, redouté par les gens qui vivaient encore, il y a longtemps, en régime de loi commune, de common law.  On pense au fantasme contemporain d’un Gouvernement Mondial qui n’est plus un fantasme et qui est en train de s’implanter avec ses normes rigides, son réseau suprémaciste de banques privées. On pense aussi au golem. (Gustav Meyrink a publié un célèbre roman, en 1915, Le Golem.)

Golem_vs_Mech_by_keepwalking07

Il existe de nombreuses représentations du golem. Celle-ci est saississante. Par son gigantisme, elle suggère une composition collective du corps du Golem et illustre aussi très bien l’extrait de la nouvelle de Clive Barker (extrait, plus bas, dans l’article). Reproduction d’un tableau de keepwalking07.  (Source: cliquer.)

« Le Golem (hébreu : גולם « embryon », « informe » ou « inachevé ») est, dans la mystique puis la mythologie juives, un être artificiel, généralement humanoïde, fait d’argile, incapable de parole et dépourvu de libre-arbitre, façonné afin d’assister ou défendre son créateur. » — Wikipedia, golem (français); Wikipedia, golem (English)

Le golem serait plutôt une représentation de la sorte d’êtres qu’engendre, manipule, maintient le Léviathan, l’État sous domination asourique et la société qu’il maintient. Il évoque, aujourd’hui, une sorte de robot “bionique”. On pense au monstre créé par le docteur Frankenstein dans le roman de Mary Shelley publié en 1817 (pdf) (Ici in English (pdf)). On pense aussi à la nouvelle de Clive Barker, Dans les Collines, les Cités, dont on trouve un extrait plus bas, dans l’article, où on voit, en action, une agglomération grotesque et meurtrière de milliers de golems, de monstres de Frankeinstein, d’êtres littéralement “étatisés”, qui forment des géants singuliers qui s’affrontent.

Le léviathan était « représenté au Moyen Âge sous la forme d’une gueule ouverte qui avale les âmes [le même concept ici, mode ludique], représenté ainsi comme l’entrée des enfers. » (Wiki) :

La destruction du Léviathan, illustration de Gustave Doré, 1865

La destruction du Léviathan, illustration de Gustave Doré, 1865 (source – cliquer)

« Le nom Léviathan (de l’hébreu : לויתן, liwjatan) vient de la mythologie phénicienne qui en fait le monstre du chaos primitif.

« C’est également un monstre marin évoqué dans la Bible, dans les Psaumes (74,14 et 104, 26), le livre d’Isaïe, 27, 1, et le livre de Job (3:8 et 40:25 et 41:1).

« C’est un monstre colossal, dragon, serpent et crocodile, … ; il peut être considéré comme l’évocation d’un cataclysme terrifiant capable de modifier la planète, et d’en bousculer l’ordre et la géographie, sinon d’anéantir le monde.

« Léviathan est également, selon certaines versions, l’un des principaux démons de l’enfer. Il est représenté au Moyen Âge sous la forme d’une gueule ouverte qui avale les âmes, représenté ainsi comme l’entrée des enfers.

« Il est comparable, dans la mythologie nordique, à Jörmungand, serpent gigantesque fils du dieu malin Loki, qui participera à la fin du monde, le Ragnarök.

« Le Léviathan est souvent représenté sous la forme d’un gigantesque serpent de mer, dont les ondulations sont à l’origine des vagues.

Le léviathan « est souvent identifié à la Bête de l’Apocalypse. »


On se sert aussi du mot pour désigner un fossile de cachalot datant du Miocène :

« Le terme de Léviathan a été attribué à un taxon en 2010 pour un cachalot qui vivait au Miocène. Le seul fossile de Léviathan atteint 17,5 mètres. Ce nom est un hommage à la puissance de la mâchoire du cachalot, l’une des plus puissantes de l’histoire du règne animal. »  —  Wikipedia, Léviathan (français)Wikipedia, Leviathan (English)

À noter que le corps de l'État, ou du Léviathan ..

« Le corps de l’État, la forme de nos vies » : Le Léviathan. Fragment de la courverture de 1651 de Léviathan de Hobbes. La “cotte de mailles” est, en réalité, un treillis composé d’êtres humains, comme dans la nouvelle de Clive Barker.

Pour Hobbes, l’État et le léviathan se confondent.

Hobbes, il y a plus de trois siècles, conçoit déjà et décrit l’être humain comme un automate (on dirait, aujourd’hui, un robot), et l’État, comme un gigantesque être humain artificiel, ou un gigantesque robot fabriqué par l’automate humain (grand automate engendré par petit automate), le tout évoquant, à des siècles d’intervalle, la nouvelle de Clive Barker, publiée en 1984, avec ses cités yougoslaves dont les habitants se transforment, en s’agglomérant de manière grotesque et compliquée, en ogres gigantesques, sortes de géants-villages ou de géants-cités, qui s’affrontent les uns les autres en combats singuliers, brutals, sanguinaires, cruels (voir plus loin dans l’article).

Extrait de Léviathan ou La Matière, forme & Pouvoir d’un Common-Wealth Ecclésiastique et Civil, Thomas Hobbes de Malmesbury, Londres, 1651;  The Introduction :

[Note :  Le texte [entre crochets, c’est de nous ], et nous avons mis certains passages de Hobbes en italique, gras ou pas, pour souligner ces passages. Nous avons emprunté à diverses traductions, essentiellement, Folliot, Anthony, et nous avons aussi traduit certains passages nous-mêmes. Nous avons donc reproduit les extraits des traductions de Folliot, de Anthony, en fin d’article.]

« La Nature, l’art par lequel Dieu [God] a fait le monde et le gouverne, est si bien imitée par l’art de l’homme, en ceci comme en de nombreuses autres choses, que cet art [de l’homme, qui imite la Nature] peut fabriquer un animal artificiel. [Dans la vision de Hobbes, comme on le voit plus bas, l’homme, un automate, un golem, fabrique cet animal artificiel qu’est l’État — le Grand Golem.]

« Car, étant donné que la vie n’est rien d’autre [vision mécaniciste et réductrice] qu’un mouvement de membres [typiquement behavioriste et matérialiste avant la lettre] dont le commencement est en quelque partie principale intérieure [dont Hobbes ne précise pas la nature, et n’y insiste pas], pourquoi ne pourrions-nous pas dire que tous les automates, des engins qui se meuvent eux-mêmes, par des ressorts et des roues, comme une montre, ont une vie artificielle [l’être humain est bel et bien conçu par Hobbes comme un automate ayant une vie artificielle comme il le dit plus clairement dans ce qui suit ] ?

« Car qu’est-ce que le coeur, sinon un ressort, les  nerfs, sinon de nombreux  fils, et les jointures, sinon autant de nombreuses roues qui donnent du mouvement au corps entier, comme cela a été voulu par le Bateleur [ «..such as was intended by the Artificer» ; on traduit parfois par “artisan”, ce qui est correct, mais ce n’est pas la seule traduction possible ]. »

« L’art va encore plus loin, imitant cet ouvrage raisonnable et le plus excellent de la Nature, l’homme.

« Car par l’art est créé ce grand  léviathan appelé un Common-Wealth [ littéralement, “un commune-richesse”; des traducteurs de Hobbes consultés utilisent souvent «république», pour traduire «common-wealth» ], ou État, en latin, Civitas  [ dont provient le mot «cité» utilisé par Barker, plus bas ],  qui n’est rien d’autre qu’un homme artificiel, [l’État est un homme artificiel, sorte de golem] quoique d’une stature et d’une force supérieures à celles de l’homme naturel, pour la protection et la défense duquel il [l’État] a été destiné, et en lequel la souveraineté est une âme artificielle [une conscience occulte fabriquée, l’incarnation d’un titan au sein de cette sorte d’égrégore], en tant qu’elle [la souveraineté artificielle] donne vie et mouvement au corps entier, [la souveraineté en soi est conçue comme une forme de conscience autonome] où les magistrats et les autres officiers affectés au jugement et à l’exécution sont des jointures artificielles; la récompense et la punition —  qui, attachées au siège de la souveraineté, meuvent chaque jointure, chaque membre, pour qu’il accomplisse son devoir, sont les nerfs…;  la prospérité et la richesse de tous les membres particuliers sont la force, le salus populi (la protection du peuple) est sa fonction; les conseillers, qui lui proposent toutes les choses qu’il [l’État] doit connaître, sont la mémoire; l’équité et les lois sont une raison et une volonté artificielles;  la concorde est la santé, la sédition est la maladie, et la guerre civile est la mort.

« En dernier, les pactes et les conventions, par lesquels les parties de ce corps politique ont en premier lieu été faites, réunies et unifiées, ressemblent à ce Fiat ou au Faisons l’homme prononcé par Dieu [God] lors de la création. »

Bref, l’État est un animal artificiel crée par un être artificiel (l’homme, selon Hobbes) qui singe la Nature et qui singe Dieu [God].

L’État, par sa souveraineté, conçue par Hobbes comme une conscience autonome, un dieu, un titan, ou un asoura, s’attribue le sacré, littéralement. Comme en France. Comme au Québec, en 2013, où l’État veut s’affirmer, à toutes fins pratiques, comme une “religion laïque” dominant les autres  —  voir la vidéo de propagande ci-dessous, produite par l’État québécois à l’automne de 2013,  pour appuyer la création de sa “Charte des valeurs québécoises”, ou “Charte de la laïcité”.

Rappelons que le titre au complet du traité de Hobbes de 1651 est Léviathan ou La Matière, forme & Pouvoir d’un Common-Wealth Ecclésiastique et Civil. Le chef de l’État canadien et du Royaume-Uni, et de la plupart des pays du Commonwealth, est le Pape de l’Église anglicane et le Chef  (Head) honoraire de la franc-maçonnerie britannique, — en plus d’être Chef d’État.

Le Québec obéit à la même dynamique de sacralisation de l’État. L’État se proclame sacré, comme une religion, et l’intégrisme qu’il professe, il l’impose exclusivement de toutes les autres religions. C’est un suprémacisme.

La “neutralité” de l’État est évidemment un mensonge.  L’un des dogmes de la religion étatique laïque, la plupart du temps laïque-athée, on le voit dans la vidéo, est le mythe de l’égalité homme-femme.  Il faut croire en ce mythe «pour être québécois», pour être “normal”, ou “sauvé”, on est dans le «crois  ou meurs», même si on sait qu’il n’y a même pas “d’égalité” entre les hommes, ou entre les femmes, encore moins entre les hommes et les femmes,  —  ou entre les arbres, les cailloux, ou les chiens.  L’égalité est une notion arithmétique et vouloir l’appliquer aux êtres humains est une aberration idéologique et catastrophique qui relève de la confusion des plans. Non pas que la Nature soit inégalitaire. Elle n’est ni égalitaire, ni inégalitaire. La Nature n’est pas une calculette.  La Nature est, essentiellement, mystère.

La neutralité, chose impossible, et l’égalité homme-femme, un dogme délirant que tout, quotidiennement, dément, et qui semble tout droit sorti de la cervelle d’une calculette, sont deux dogmes de la religion d’État tels que proclamés par l’État québécois dans la vidéo de propagande qui suit [voir plus bas]. Le Titan est un dieu, ou un asoura, ou un grand démon, contrôlant l’égrégore étatique.

Le léviathan s’incarne dans l’État et veut que ses serviteurs le reconnaissent solennellement, et imposent, d’abord dans le temple, puis éventuellement à tous, et sur tout le territoire, sa réalité suprémaciste:

Sur cette charte, on peut lire : Une “Charte des valeurs québécoises” anti-libertés qui sème la violence.  –  Sur “l’égalité homme-femme”  :  Le mythe de l’égalité homme-femme : le féminisme et la calculette   –   Sur certaines conséquences du suprémacisme féministe et sur la théorie du genre  :   Vers une harmonie d’enfer : harcèlement, faux viols, chaos du genre  –  Sur l’avortement :   Quand les mères de mort dominent invisiblement la psyché   –  sur l’intégrisme athée (tout aussi infect que les fanatismes intégristes se réclamant d’autres croyances; je précise que je suis pour la liberté religieuse et de croyance, y compris la croyance athée mais contre son miltantisme intégriste ) :  Donc, les croyants athées seraient plus intelligents que les croyants pas athées ..   —   Michel Onfray, Ollivier Dyens. Enfanter l’inhumain, l’idéal totalitaire de la ruche et de la termitière

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Extraits de la nouvelle de Clive barker, publiée sept ans avant le début de la guerre en ex-Yougoslavie, Dans les collines, les cités (1984). Barker y décrit des cités ou des villages yougoslaves :

« Certains d’entre eux, il le voyait à présent, portaient des harnais de cuir serrés autour de leurs torses, et de ces harnais pendaient des kilomètres de corde. …  Plus il y regardait de près et plus il comprenait le système extraordinaire de noeuds et d’amarrages qui maintenait toujours les corps ensemble.  …  Pour une raison inconnue, ces gens s’étaient attachés les uns aux autres, côte à côte.   …   Tous étaient d’une façon ou d’une autre liés à leurs proches, ligotés les uns aux autres comme en un jeu dément de sado-masochisme collectif. …

« —  Des géants, dit-il. Les cités se battent comme des géants. Les citoyens forment un seul corps à partir de leurs corps, vous comprenez ? La carcasse, les muscles, les os, les yeux, le nez, les dents, tous faits d’hommes et de femmes.
« — Il délire, dit Judd.
« — Dans les collines, répéta l’homme. Allez voir par vous-mêmes que je dis vrai.
« — Même en supposant…, commença Mick.

« L’homme l’interrompit, impatient d’en avoir fini :

« —  Elles étaient habiles au jeu des géants. Il a fallu plusieurs siècles d’expérience : bâtir le même corps tous les dix ans, de plus en plus grand. Chaque cité avait l’ambition d’être plus grande que l’autre. Des cordes pour lier les citoyens ensemble, pour leur faire former un tout sans défaut. Les tendons… les ligaments… Il y avait de la nourriture dans son ventre… il y avait des tuyaux à la hauteur des reins, pour évacuer les excréments. Ceux qui avaient la meilleure vue prenaient place dans les orbites, ceux qui avaient la voix la plus claire dans la bouche et dans la gorge. Vous ne me croiriez pas si je vous disais à quel point les mécanismes étaient élaborés.
« —  Je ne vous crois pas, dit Judd, et il se releva.
« —  C’est le corps de l’État, dit Vaslav, si doucement que sa voix était à peine plus forte qu’un murmure, c’est la forme de nos vies.

«  Il y eut un long silence.  »

–   Clive Barker, extraits de Dans les collines, les Cités, Livre de sang; éditions France Loisirs, Paris, 1987; traduit de l’anglais par Jean-Daniel Brèque. La nouvelle a été publiée en anglais en 1984.

Je pense que chaque être humain porte, au fond de lui-même, la mémoire d’un tel silence. Qu’y a-t-il, qu’advient-il, au coeur de ce long silence?  Qu’advient-il après?

Certains ont conscience de cette mémoire.  D’autres, non. Et ils répéteront les mêmes erreurs, voire les mêmes horreurs. En pire. Ou en plus larvaire.

La guerre en ex-Yougoslavie, mars 1991  -

La guerre en ex-Yougoslavie, mars 1991 -

L’action de la nouvelle de Barker, qui se déroule en Yougoslavie, précède le début de cette guerre civile meurtrière qui mit fin à l’existence de la fédération yougoslave et qui commença en mars 1991, soit environ 7 ans après la publication de la nouvelle de Barker en 1984, et.. plus de trois siècles après la publication du Léviathan de Hobbes.

Cette guerre en ex-Yougoslavie dura une dizaine d’années pour se terminer en juin 2001 (officiellement, selon l’historiographie contemporaine massemédiatisée).

Chaque cité, dans la nouvelle de Barker, est tressée d’êtres humains et forme un géant. Un Géant-Village. Ces géants-villages s’affrontent en un combat horrible, sanglant, meurtrier.  Ces géants-villages, sortes de géants-états, ne sont pas sans rappeler le Titan ou le Bateleur sur la couverture originale de Léviathan, 1651, de Thomas Hobbes, où la “cotte de maille” du Géant-État est tressée d’être humains.

C’est une image archétypale saisissante.  La dynamique de cet archétype hante la conscience collective de l’humanité. Cet archétype, ce dieu, ou ce démon  –  cet asoura – plonge les collectivités dans l’horreur à certaines époques. Cette horreur succède généralement à une période de “carnaval” plus ou moins longue.

À travers le temps, se font écho:

a) l’image du Léviathan de Hobbes, 1651 (note: création de la Banque d’Angleterre, actionnariat essentiellement privé : 1694), qui a marqué et marque encore, entre autres, l’inconscient collectif du Commonwealth britannique, dont fait partie la fédération canadienne (où le chef de l’État, la couronne britannique, y est à la fois pape anglican et chef d’État, comme le voulait Hobbes dans Léviathan).

b) Le léviathan lui-même.

c) Le golem.

d) L’ogre des contes archaïques, très vraisemblablement à la charnière entre une époque pré-étatique et une époque étatique au moment où on commence à soumettre de force les populations libres (par récompense, punition, terreur, etc.). Ces populations étaient les pagans, païens, paysans, habitants des pays, habitants des orées, habitants des forêts à qui, par exemple, on interdira éventuellement la chasse sous peine de mort, etc. Il fallait les affamer et les contraindre à une agriculture contrôlée au profit des dominateurs et constructeurs d’États.  Ces populations ont été réduites en esclavage.  La majeure partie des populations du monde est composée de leurs descendants.  L’esclavage et la manipulation contrôlante ont pris diverses formes. Mais ils se sont maintenus.

e) L’image des géants-villages yougoslaves, ou géants-cités, qui, cette fois, se décomposent en s’affrontant dans la nouvelle de Barker publiée en 1984.

f) La robotisation contemporaine graduelle, à la fois de l’être humain lui-même et de la société hypertechnologique, laquelle enfirouâpe de plus en plus l’être humain en le dénaturant, société dans laquelle une masse de gens s’enfonce, souvent avec enthousiasme ou appétit — ou en se soumettant (parce que c’est tout ce que les pouvoirs de l’État et du Bancaire lui ont appris au cours des siècles) mais sans enthousiasme, —  ou en voulant casser la Baraque, ou en en violant les règles, etc.

On pourrait certainement trouver d’autres images de cet archétype de l’État-Nation aux multiples corps harnachés en un seul, par la volonté et au profit exclusif des maîtresses et des maîtres du grimoire, et non comme une union libre et vraiment naturelle de la population, comme cela peut se présenter parfois, par exemple pour se défendre légitimement contre un véritable ennemi commun, et non contre un ennemi imaginé, ou fabriqué, ou provoqué sciemment par les maîtres du grimoire pour réaliser leurs prétentions, leurs ambitions à eux, leurs délires souvent sordides, souvent morbides, souvent psychopathiques.

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Note sur «Artificer», utilisé par Hobbes, et que je traduis par « Bateleur » (Philippe Folliot traduit par «artisan»; R. Anthony, par «celui qui l’a fait»; etc.) :

Je sais qu’on peut traduire «artificer» par «artisan», «artiste», «spécialiste», «mécanicien». Philippe Folliot traduit par «artisan». R. Anthony traduit «Artificer» par «celui qui l’a fait».

Mais Hobbes lui-même aurait pu utiliser des synonymes comme «maker», ou le mot anglais «artisan», ou «artist», etc. Il a choisi «artificer». Le choix est frappant. Peut-être (en bonne partie, ou non) inconscient. C’est un fait que  «artificer», en 1651, peut aussi signifier «one who makes tricks», «one who can device tricks» — «celui qui fabrique, ou fait, des tours de passe-passe, des “trucs“», «celui qui peut inventer, mettre au point, des trucs ou des tours de passe-passe».

Le Bateleur du tarot est puissant et habile.  Je pense qu’on pourrait aussi traduire «Artificer» par «Illusionniste» —  au sens contemporain de «magicien»  — , ou par «Mage», ou même, en poussant, par «Sorcier».

Chose certaine, «artificer» suggère ces sens, — certainement au lecteur contemporain, il les porte, subliminalement ou autrement. En tout cas, les sens de «device», ou de «trick», associés au mot anglais «artifice», dateraient, justement, des années 1650s (Léviathan parait en 1651).

The Online Etymology Dictionary :

Artifice :  (n.) 1530s, “workmanship, the making of anything by craft or skill,” from Middle French “artifice”, “skill, cunning” (14c.), from Latin “artificium”, “a profession, trade, employment, craft; making by art,” from artifex (genitive, artificis) “craftsman, artist,” from ars, “art” (see art (n.)) + facere “do” (see “factitious”). Meaning “device, trick” (the usual modern sense) is from 1650s.

Artificer : late 14th century, “one who makes by art or skill,” agent noun from “artifice”. Military sense dates from 1758.

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Aujourd’hui la parole ne tient plus lieu de garantie et d’engagement comme c’était le cas aux époques archaïques de common law, de vie commune, de liberté, etc. Comme c’était le cas à l’époque romaine, oui, en partie, comme un vestige. Vestige: c’est encore le cas, parfois, dans certaines régions non-urbaines. Mais c’était certainement encore plus le cas avant que l’État commence à absorber les populations dans son moule de contraintes, de punitions, de récompenses, d’archivages écrits (évacuation graduelle de la mémoire, comme de la parole garante de la transmission de mémoire). La parole a été de plus en plus remplacée, au fil des “temps étatiques”, au fil des “temps du Titan”, ou du Léviathan, par une signature au bas de documents de plus en plus invraisemblablement longs et compliqués. La Révolution Industrielle y a contribué en fournissant abondance de papier (bein!).  Il n’y a plus de parole.  La parole ne tient plus.  Il n’y a que de la paperasse — ou de la diarhée verbale massemédiatisée ou électronique.

On tente de compenser l’impuissance grandissante d’une humanité qui, enchaînée dans ce processus qui la diminue dans ses facultés, affaiblie et avilie par le processus, se rend elle-même de plus en plus exsangue;  — on tente de compenser cette impuissance croissante par des accumulations énervantes, opprimantes, pillardes, des accumulations démesurées de contraintes maniaques et compliquées, comme des sortes de formulations magiques qui piègent ceucelles mêmes qui les prononcent, pas seulement leurs cibles.

Sigil par combinaison de signes et de lettres. Les acronymes ne signifient souvent, justement, que l'acronyme, et non les mots au long. Ils peuvent être magiquement et intentionnellement chargés d'un pouvoir et d'un sens tout autre que le sens de surface. Moins les gens en sont conscients, plus, plus le sigil a d'effet sur eux. Ce dernier les affecte sans qu'ils s'en rendent compte. Un sigil peut aussi être bénéfique mais kla majeure partie de ceux que j'ai "croisés" ne l'étaient pas.

Sigil par combinaison de signes et de lettres. Les acronymes ne signifient souvent, justement, que l’acronyme, et non les mots au long dans leur sens courant. Ils peuvent être magiquement et intentionnellement chargés.  Moins les gens sont conscients de ce genre de “vibrations”, plus le sigil a d’effet sur eux. Ce dernier les affecte sans qu’ils s’en rendent compte. Un sigil peut aussi être bénéfique mais la majeure partie de ceux que j’ai “croisés” ne l’étaient pas.  (Source : cliquer)

Surabondance, aussi, d’acronymes corporatifs, d’associations, de services d’État, etc., qui peuvent faire office de sigils ou d’accumulateurs, ou de supports, et/ou de “projecteurs” de courants de forces.

Lgbtiq est un sigil (“Lgbtiq”, c’est Lgbt qui s’allonge avec le temps et avec le développement du délire; on passe de «Lesbiennes, gais, bisexuels, transexuels (ou “transgenres“)» à «Lesbiennes, gais, bisexuels, transexuels (ou “transgenres“), intersexués, queer (ou: en “questionnement (y a d’quoi!)).  En attendant les nouveaux ajouts.  C’est une sorte de cour des miracles.

Ces sigils par acronymes pullulent aujourd’hui. Manque que la verrue ou le balai.

L’acronyme (ou abbréviation) est un sigil. C’est une pratique qu’on retrouve en magie blanche, noire, rouge, arc-en-ciel, careautée (!), ou en sorcellerie.

L’entreprise d’étouffement par le grimoire behavioriste de l’État, par son behaviorisme matérialiste maniaque, compulsif, devient un jour insupportablement féroce, voire léthale. L’État laïque-athée n’a évidemment aucune racine dans l’être et doit se maintenir par les moyens que lui suggère sa propre aberration. (Il en serait de même pour n’importe quelle self-proclamation dite “religieuse”.)

Il faut toujours choisir avec sagesse — quand on peut — celui ou ceux qui ont accès au grimoire et qui peuvent le changer. Oh! que c’est gentiment et poliment dit.  Oui. Facile à dire. On semble être déjà loin de cette possibilité, surtout à une époque où des millions de gens croient qu’un système électoral constitue la démocratie (ou : J’vous ai apporté des bonbooons..)

Quoi qu’il en soit, vient un moment où  “bien choisir” devient impossible. Pour une multitude de raisons. Entre autres parce que le choix doit s’exercer entre un mensonge prestigieux et un autre, de nature comparable, qui le combat. Nous sommes à un tel moment. En tout cas, ça y ressemble. Comme on dit, «ça sent». Et les forêts rapetissent, et les drones voient tout. Où aller?

Au fond de soi-même.

Ailleurs qu’au fond de soi-même, présentement, l’espace est de plus en plus restreint où ce n’est pas la bêtise, l’hystérie, l’esclavage, la robotisation, la déréalisation. Pourtant, je le perçois parfois : omniprésence divineOn ne chasse pas Dieu ou le Divin sans dépérir.

La vie est full mystère.

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Lien :   Leviathan en entier, texte original en anglais, Thomas Hobbes of Malmesbury, 1651 (Projet Gutenberg, de htm à pdf) (pdf)   —   Leviathan en entier, texte original en anglais, Thomas Hobbes of Malmesbury, 1651 (pdf)

Lien :   Léviathan, Thomas Hobbes  —  La matière, la forme et le pouvoir d’une république ecclésiastique et civile, première partie, De l’Homme, traduction originale de M. Philippe Folliot, Professeur de philosophie au Lycée Ango à  Dieppe, en Normandie.  Traduction effectuée entre le 20 août 2002 et le 21 décembre 2003 ; à la source, la traduction de de Folliot comprend de nombreuses notes.

Lien :  Léviathan, Thomas Hobbes, 1651, Tome I, traduction de l’anglais par R. Anthony, 1921 (pdf)

Ci-dessous, l’Introduction complète citée dans l’article, d’abord le texte original de Hobbes en anglais, et deux traductions en français, celle de Philippe Folliot, celle de R. Anthony.

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Source :   Leviathan en entier, texte original en anglais, Thomas Hobbes of Malmesbury, 1651 (Projet Gutenberg, de htm à pdf) (pdf)

LEVIATHAN OR THE MATTER, FORME, & POWER OF A COMMON-WEALTH ECCLESIASTICAL AND CIVILL, Thomas Hobbes of Malmesbury, Printed for Andrew Crooke, at the Green Dragon, in St. Paul’s Churchyard, 1651.

THE INTRODUCTION

Nature (the art whereby God hath made and governes the world) is by the art of man, as in many other things, so in this also imitated, that it can make an Artificial Animal. For seeing life is but a motion of Limbs, the begining whereof is in some principall part within; why may we not say, that all Automata (Engines that move themselves by springs and wheeles as doth a watch) have an artificiall life? For what is the Heart, but a Spring; and the Nerves, but so many Strings; and the Joynts, but so many Wheeles, giving motion to the whole Body, such as was intended by the Artificer? Art goes yet further, imitating that Rationall and most excellent worke of Nature, Man. For by Art is created that great LEVIATHAN called a COMMON-WEALTH, or STATE, (in latine CIVITAS) which is but an Artificiall Man; though of greater stature and strength than the Naturall, for whose protection and defence it was intended; and in which, the Soveraignty is an Artificiall Soul, as giving life and motion to the whole body; The Magistrates, and other Officers of Judicature and Execution, artificiall Joynts; Reward and Punishment (by which fastned to the seat of the Soveraignty, every joynt and member is moved to performe his duty) are the Nerves, that do the same in the Body Naturall; The Wealth and Riches of all the particular members, are the Strength; Salus Populi (the Peoples Safety) its Businesse; Counsellors, by whom all things needfull for it to know, are suggested unto it, are the Memory; Equity and Lawes, an artificiall Reason and Will; Concord, Health; Sedition, Sicknesse; and Civill War, Death. Lastly, the Pacts and Covenants, by which the parts of this Body Politique were at first made, set together, and united, resemble that Fiat, or the Let Us Make Man, pronounced by God in the Creation.

To describe the Nature of this Artificiall man, I will consider

First the Matter thereof, and the Artificer; both which is Man.

Secondly, How, and by what Covenants it is made; what are the Rights and just Power or Authority of a Soveraigne; and what it is that Preserveth and Dissolveth it.

Thirdly, what is a Christian Common-Wealth.

Lastly, what is the Kingdome of Darkness.

Concerning the first, there is a saying much usurped of late, That Wisedome is acquired, not by reading of Books, but of Men. Consequently whereunto, those persons, that for the most part can give no other proof of being wise, take great delight to shew what they think they have read in men, by uncharitable censures of one another behind their backs. But there is another saying not of late understood, by which they might learn truly to read one another, if they would take the pains; and that is, Nosce Teipsum, Read Thy Self: which was not meant, as it is now used, to countenance, either the barbarous state of men in power, towards their inferiors; or to encourage men of low degree, to a sawcie behaviour towards their betters; But to teach us, that for the similitude of the thoughts, and Passions of one man, to the thoughts, and Passions of another, whosoever looketh into himselfe, and considereth what he doth, when he does Think, Opine, Reason, Hope, Feare, &c, and upon what grounds; he shall thereby read and know, what are the thoughts, and Passions of all other men, upon the like occasions. I say the similitude of Passions, which are the same in all men, Desire, Feare, Hope, &c; not the similitude or The Objects of the Passions, which are the things Desired, Feared, Hoped, &c: for these the constitution individuall, and particular education do so vary, and they are so easie to be kept from our knowledge, that the characters of mans heart, blotted and confounded as they are, with dissembling, lying, counterfeiting, and erroneous doctrines, are legible onely to him that searcheth hearts. And though by mens actions wee do discover their designee sometimes; yet to do it without comparing them with our own, and distinguishing all circumstances, by which the case may come to be altered, is to decypher without a key, and be for the most part deceived, by too much trust, or by too much diffidence; as he that reads, is himselfe a good or evill man.

But let one man read another by his actions never so perfectly, it serves him onely with his acquaintance, which are but few. He that is to govern a whole Nation, must read in himselfe, not this, or that particular man; but Man-kind; which though it be hard to do, harder than to learn any Language, or Science; yet, when I shall have set down my own reading orderly, and perspicuously, the pains left another, will be onely to consider, if he also find not the same in himselfe. For this kind of Doctrine, admitteth no other Demonstration.

Source :   Leviathan en entier, texte original en anglais, Thomas Hobbes of Malmesbury, 1651 (Projet Gutenberg, de htm à pdf) (pdf)

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Source de la traduction en français de P. Folliot qui suit :  cliquer ici

Léviathan  —  La matière, la forme et le pouvoir d’une république ecclésiastique et civile

Traduction originale de M. Philippe Folliot, Professeur de philosophie au Lycée Ango à  Dieppe, en Normandie.  Traduction effectuée entre le 20 août 2002 et le 21 décembre 2003  ;

Introduction

La nature (l’art par lequel Dieu a fait le monde et le gouverne) est si bien imitée par l’art de l’homme, en ceci comme en de nombreuses autres choses, que cet art peut  fabriquer un animal artificiel. Car, étant donné que la vie n’est rien d’autre qu’un mouvement de membres, dont le commencement est en quelque partie principale intérieure, pourquoi ne pourrions-nous pas dire que tous les automates (des engins qui se meuvent eux-mêmes, par des ressorts et des roues, comme une montre) ont une vie artificielle? Car qu’est-ce que le coeur, sinon un ressort, les nerfs, sinon de nombreux fils, et les jointures, sinon autant de nombreuses roues qui donnent du mouve­ment au corps entier, comme cela a été  voulu par l’artisan. L’art va encore plus loin, imitant cet ouvrage raisonnable et le plus excellent de la Nature, l’homme. Car par l’art est créé ce grand LEVIATHAN appelé RÉPUBLIQUE, ou ÉTAT (en latin, CIVITAS), qui n’est rien d’autre qu’un homme artificiel, quoique d’une stature et d’une force supérieures à celles de l’homme naturel, pour la protection et la défense duquel il a été destiné, et en lequel la souveraineté est une âme artificielle, en tant qu’elle donne vie et mouvement au corps entier, où les magistrats et les autres officiers affectés au jugement et à l’exécution sont des jointures artificielles, la récompense et la punition (qui, attachées au siège de la souveraineté, meuvent chaque jointure, chaque membre pour qu’il accomplisse son devoir) sont les nerfs, et [tout] cela s’accomplit comme dans le corps naturel : la prospérité et la richesse de tous les membres particuliers sont la force, le salus populi (la protection du peuple) est sa fonction, les conseillers, qui lui proposent toutes les choses qu’il doit connaître, sont la mémoire, l’équité et les lois sont une raison et une volonté artificielles, la concorde est la santé, la sédition est la maladie, et la guerre civile est la mort. En dernier, les pactes et les conventions, par lesquels les parties de ce corps politique ont en premier lieu étaient faites, réunies et unifiées, ressemblent à ce Fiat ou au Faisons l’homme prononcé par Dieu lors de la création.

Pour décrire la nature de cet homme artificiel, je considérerai :

* Premièrement, la matière de cet homme artificiel, et l’artisan, les deux étant l’homme.

* Deuxièmement, comment et par quelles conventions il est fait; quels sont les droits et le juste pouvoir d’un souverain, et ce qui le conserve et le détruit.

* Troisièmement, ce qu’est une République chrétienne.

* Enfin, ce qu’est le royaume des ténèbres.

En ce qui concerne le premier point, on dit, depuis peu, de façon très excessive, que la sagesse s’acquiert non par la lecture des livres mais par celle des hommes [1]. En conséquence de quoi, ces personnes, qui ne peuvent, pour la plupart, donner d’autre preuve de leur sagesse, prennent grand plaisir à montrer ce qu’elles pensent avoir lu dans les hommes, se critiquant l’une l’autre dans le dos sans charité. Mais il existe un autre précepte qui n’a pas été compris récemment, par lequel les gens pourraient vraiment apprendre à se lire les uns les autres, s’ils s’en donnaient la peine, et c’est : Nosce teipsum, lis-toi toi-même; ce qui ne signifiait pas, comme il est d’usage aujourd’hui, [qu’il faut] encourager l’attitude barbare des hommes de pouvoir envers leurs inférieurs ou le comportement impertinent des hommes de basse condition envers leurs supérieurs. [Le précepte] nous enseigne que, par la similitude des pensées et des passions d’un homme et celles d’un autre homme, quiconque regarde en soi-même et considère ce qu’il fait quand il pense, opine, raisonne, espère, craint et sur quels principes, lira de cette façon et saura quelles sont les pensées et les passions de tous les autres hommes dans des situations semblables. Je parle de la similitude des passions, qui sont les mêmes chez tous les hommes, désir, crainte, espoir, etc., pas de la similitude des objets des passions, qui sont les choses désirées, craintes, espérées, etc. : la constitution individuelle et l’éducation particulière font tant varier ces objets, et il est si facile de les soustraire à notre connaissance, que les caractères du cœur humain, masqués et mêlés comme ils le sont par l’hypocrisie, le mensonge, la simulation et les doctrines erronées, ne sont lisibles que par celui qui sonde les cœurs. Et quoique, par les actions des hommes, nous découvrions parfois leurs desseins, pourtant, le faire sans les comparer avec les nôtres, et sans distinguer toutes les circonstances qui font que le cas peut être autre, c’est déchiffrer sans clé, et se tromper pour l’essentiel, par une trop grande confiance ou par une trop grande défiance, selon que celui qui lit est lui-même bon ou méchant.

Mais aussi parfaitement qu’un homme lise jamais un autre homme par ses actions, cette lecture ne lui sert qu’avec ses relations, qui sont peu nombreuses. Celui qui doit gouverner une nation entière doit lire en lui-même, non un tel ou un tel, mais l’humanité, quoique ce soit difficile à faire, plus difficile que d’apprendre une langue ou une science. Pourtant, quand j’aurai consigné ma propre lecture avec ordre et discernement, il ne restera plus aux autres qu’à prendre la peine de considérer s’ils trouvent en eux-mêmes la même chose. Car cette sorte de doctrine n’admet pas d’autre démonstration.

Source de la traduction en français de P. Folliot  :  cliquer ici

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Source de la traduction qui suit : Léviathan, Thomas Hobbes, 1651, Tome I, traduction de l’anglais par R. Anthony, 1921 (pdf)

[Note : les passages entre [crochets] font partie de l’édition de la traduction de R. Anthony]

Thomas Hobbes, Léviathan, ou La Matière, la Forme et la Puissance d’un Etat  ecclésiastique et civil

Traduction française d’après les textes anglais et latin originaux par  R. ANTHONY, 1921

Introduction

LA Nature (cet Art par lequel Dieu a fait et gouverne le Monde) est en ceci, comme en beaucoup d’autres choses, imitée par l’Art humain : l’homme peut faire un Animal Artificiel. Puisqu’en effet la vie n’est qu’un mouvement des Membres dont le principe
est interne, dans quelque partie principale du corps, pourquoi ne pourrions-nous pas dire que tous les Automata (c’est-à-dire les Machines qui se meuvent [d’elles-mêmes]
par des ressorts et par des roues comme le font les horloges) ont une vie artificielle ? Qu’est-ce en effet que le Coeur, sinon un Ressort.  Qu’est-ce que les Nerfs, sinon des Cordes, et qu’est-ce que les Articulations, sinon des Roues qui communiquent au Corps tout entier le mouvement qu’a voulu celui qui l’a fait. L’Art fait plus encore lorsqu’il imite l’Homme, ce chef d’oeuvre rationnel de la Nature. C’est bien [en effet] une [sic]
ouvrage de l’Art que ce grand LÉVIATHAN qu’on appelle CHOSE PUBLIQUE ou Etat, (en latin Civitas  ) et qui n’est rien autre qu’un Homme Artificiel, quoique d’une taille beaucoup plus élevée et d’une force beaucoup plus grande que l’Homme Naturel pour la protection et pour la défense duquel il a été imaginé; en lui, la Souveraineté est une Ame Artificielle, puisqu’elle donne la vie et le mouvement au corps tout entier ; les Magistrats et les [autres] Fonctionnaires [de Justice, les agents d’Exécution] sont ses Articulations artificielles ; la Récompense et le Châtiment (qui, rattachés au siège de la Souveraineté, stimulent [les articulations et] les membres à accomplir leur office) sont ses Nerfs qui
agissent de même manière que dans le Corps Naturel ;  [l’Opulence et] les Richesses de tous les particuliers sont sa Force; Salus Populi (le salut du peuple) est sa Fonction; les Conseillers qui l’informent de tout ce qu’il a besoin de connaître [pour cet objet] sont sa
Mémoire; l’Equité et les Lois lui sont une Raison [et une Volonté] artificielle [s] ;  la Concorde est sa Santé, la Sédition, sa Maladie, et la guerre Civile, sa Mort.

Enfin, les Pactes [et les Contrats] qui à l’origine présidèrent [à la constitution,] à l’assemblage [et à l’union] des parties de ce Corps Politique ressemblent à ce Fiat ou au Faisons l’homme que prononça Dieu à la Création.

Dans la description de la Nature de cet homme Artificiel, je considérerai :
En premier lieu, sa Matière et son Artisan l’un et l’autre sont l’Homme.

En second lieu, Comment et de quels Pactes il est fait ; quels sont les Droits, le juste Pouvoir ou la juste Autorité d’un Souverain ; ce qui le préserve et ce qui
le dissoud.

En troisième lieu, qu’est-ce qu’un Etat Chrétien.

Finalement, qu’est-ce que le Royaume des Ténèbres.

A propos du premier point, il est un dire dont on use beaucoup depuis quelque temps, à savoir que la Sagesse s’acquiert, non pas en lisant dans les Livres mais en lisant dans les Hommes. Et ceux qui ne peuvent donner d’autre preuve de leur sagesse prennent grand
plaisir à montrer ce qu’ils croient avoir lu dans les hommes en s’adonnant contre toute charité à des critiques réciproques qu’ils se font par derrière les uns aux autres. Mais il est un autre dire qui, celui-là, ne date pas de peu de temps et qui enseigne qu’on peut
vraiment apprendre à lire les uns dans les autres, si l’on veut [s’en donner la peine] et c’est Nosce teipsum [ Lis en toi-même] ; cela ne voulait point dire, comme on l’entend maintenant, favoriser la dureté dédaigneuse des puissants à l’égard de ceux qui sont au-dessous d’eux ou encourager les gens de basse condition à l’insolence à l’égard de leurs supérieurs, mais bien nous enseigner que la similitude des pensées et des Passions d’un homme comparées aux pensées et aux Passions d’un autre est telle que quiconque regarde en soi, considère ce qu’il fait quand il pense, a une opinion, raisonne, espère, craint etc., et ce pourquoi il le fait, lira et connaîtra ainsi quelles sont les pensées et les Passions de tous les autres hommes dans de semblables circonstances. Je dis la similitude
des Passions [lesquelles sont les mêmes en tous les hommes, désircr, craindre, espérer, etc.], mais non pas la similitude des objets des Passions [qui sont les choses désirées, craintes, espérées, etc.]. En ce qui concerne ces derniers, la constitution individuelle, et
l’éducation de chacun les font tellement varier, ils échappent d’autre part si facilement à notre connaissance que les caractères d’un coeur humain effacés et confondus [comme ils le sont] par la dissimulation, [le mensonge,] l’hypocrisie et les doctrines erronées ne peuvent être lus que par celui-là seul qui scrute les coeurs. Et bien que les actions des hommes nous fassent parfois découvrir leurs desseins, ne pas comparer ces desseins
avec les nôtres et ne pas faire la distinction de toutes les circonstances qui peuvent survenir pour altérer le cas est comme si l’on voulait déchiffrer des caractères inconnus sans posséder la clef de celui qui les a écrits; c’est être [la plupart du temps] trompé par trop de confiance ou trop de défiance selon que l’on est soi-même bon ou mauvais.

Mais à celui-là même qui peut lire en un autre à travers ses actions propres et avec toute la perfection possible, cela ne sert seulement qu’à connaître les gens de son entourage, lesquels sont peu nombreux. Celui qui est appelé à gouverner l’ensemble d’une Nation
doit lire en lui-même non pas tel ou tel homme en particulier, mais l’Humanité, et, bien que cela soit difficile, plus difficile que d’apprendre une Langue ou une Science, cependant, lorsque j’aurai exposé avec ordre et avec clarté la lecture que j’ai faite en moi, les autres n’auront plus que la peine de considérer si, en lisant en eux-mêmes, ils aboutissent au même résultat.

Il n’est en effet en une telle Matière point d’autre Démonstration.

Source de la traduction : Léviathan, Thomas Hobbes, 1651, Tome I, traduction de l’anglais par R. Anthony, 1921 (pdf)

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© Copyright 2013 Hamilton-Lucas Sinclair (Loup Kibiloki, Jacques Renaud, Le Scribe), pour l’article;  cliquer

Vers une harmonie d’enfer : harcèlement, faux viols, chaos du genre

Une “Charte des valeurs québécoises” anti-libertés qui sème la violence   —   La censure à Radio-Canada : vous ne saurez jamais ..   —    Non-fiction

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Québec, Labeaume-Maltais, Québécor, Parti Québécois : la clause dérogatoire et la loi 204   —    Collusion : Karl Péladeau à Hydro-Québec et la Loi Labeaume-Maltais (loi 204)

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Le Journal Militaire de Nicolas Renaud des Méloizes, Nouvelle France, 1756 – 1759

Arrêtez de raser les parterres et de massacrer les plantes sauvages. Plus de 500 espèces de plantes en danger au Québec

Invasions de domiciles : Tout se passe comme si on voulait abolir la légitime défense.

Terrorisme domestique et destruction de potagers par les municipalités : Aux profits de quel lobby ?   –

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Gurdjieff, Ouspensky, Jung : On comprend vraiment ce qu’on lit? Ce qu’on écrit? Ce qu’on dit?..       –

René Guénon  :  Le théosophisme, histoire d’une pseudo-religion (pdf)  –  Le règne de la quantité et les signes des temps  –  L’erreur spirite (1923; édition 1977 – pdf)  –  L’Homme et son devenir selon le vedanta (pdf)  –  Les principes du calcul infinitésimal (pdf)  –  Symboles de la science sacrée (pdf)  –  Le Roi du Monde (pdf)   –   Orient et occident (1924 – pdf)   –   Les états multiples de l’être (1932 – pdf)   –   Le symbolisme de la croix (pdf)   –

Le Crayon-feutre de ma tante a mis le feu – nouvelle      —     L’Agonie d’un Chasseur, ou Les Métamorphoses du Ouatever – novella   –    La Naissance d’un Sorcier – nouvelle     –     C’est Der Fisch qui a détruit Die Mauer – nouvelle     –     Émile Newspapp, Roi des Masses – novella     —     Et Paix sur la Terre (And on Earth, Peace) – nouvelle     –

Ernst Henri  :  Hitler Over Europe, Ernst Henri – ouvrage publié en 1934 (English ; pdf)   — L’un des intérêts de cet ouvrage de Ernst Henri est qu’il a été publié en 1934, soit 5 ans avant le début de la Deuxième Guerre Mondiale en 1939. Cette copie pdf est celle de la 3e impression de la première édition.

–   Waging Total Nuclear War against Humanity and Human Genes: Nuclear Radiation and Uranium 238 (DU)   –   Malformed babies resulting from israeli banned weapons   –   Depleted Uranium found in Gaza victims    –  Nuclear Fuel. What is it? – Wikipedia   –   Chernobyl Heart, video documentary by Maryann de Leo, on Google Video. Can also be found on youtube.    –    Was there an earthly paradise?  What was it?  Where was it? (Satprem and Mira Alfassa – the Mother)    –    Astounding 2009 Nobel Prize for Literature Joan de Blow never wrote a book!  She talks about Obama.    –   Invisible Person with Enormous Power: it starts with a “C”, as in “Corporation”, but it doesn’t end there…    –     Western leaders, western populations : awareness, massmedia control and censorship.   –   How can we make our consciousness vast?   -

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19 Responses to Et si la masse des lois d’un État était le grimoire d’un Ogre ?


  1. Pour vous Loup :

    http://wp.me/sWdOT-sedition


    Et merci de ce puissant cheminement.
    MandraGaure

  2. Pingback: Sédition… « RED_BAKKARA

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