Les gigues millénaires tonner

Des pas martelaient
les côteaux et les bois.

Des plaintes couraient sous les astres
et dans les branches.

Le vent dans les arbres était un vent vivant.

C’était comme des flûtes, des sons venus du temps
qui s’étiraient
et qui parfois sentaient le cèdre frais, la pinède coupée, la pulpe et la sève.

Des sons qui chantaient sans dire.

Comme des orgues sourds, des hymnes bleus.

Comme une gigue,
comme une parole de Dieu toute en son, mais sans mots,
qui courait, qui dégivrait la chair, qui imprégnait le cerveau.

Dans les bosquets de plantes gelées,
sans recours,
dans des monticules,
dans des amas denses de poussières,
marbrés de fils bleus, de veinules,
quelque chose regardait la mort sans crainte en souriant,
en combattant
du fond
de la tranquillité.

Sourde et profonde plaie
béant à nos côtés
guérissait lentement, puissamment, insistant,
insistant, sans fléchir, sans fléchir, sans jamais,
sans jamais, sans jamais souffrir un fléchissement.

Dans la douceur lointaine d’un rivage du temps,
(une sensation lointaine, lointaine, infiniment)
un guerrier s’éveillait
et on le rencontrait
et on le connaissait.

Le guerrier se confondait avec tout l’horizon.

Sa voix était partout,
dans les branches et les pentes,
dans les coulées, dans l’étendue des neiges et dans le vol ployant
du grand harfang blanc.

Le guerrier contemplait la douleur d’un carnage,
le champ d’une défaite en des temps très anciens.

Il contemplait l’horreur avec sérénité.
Il contemplait la mémoire alitée,
vivante, éveillée, disant tout, disant tout sans narrer.

Les guerriers dérivaient
dans l’enfer assoupi d’un massif retour.

Des pas,
comme des pas,
martelaient la profondeur des bois.

La nuit glissait en sifflant dans les branches.
La nuit glissait en giflant dans les branches.
La nuit glissait de promontoires immenses.
Elle les portait en elle.

Sur des flots de guerriers dérivant dans la plaie,
le harfang dispersait les semences des cycles,
des cycles qui venaient,
il déversait en vol par l’ampleur lévitante, ondoyante du vol,
dans l’eau pure du fleuve,
les semences à venir.

Le silence murmurant, immensément, disait.

Nous entendrons monter dans l’espace de l’âme,
l’ironie meurtrière et l’eau sombre du drame,
l’immensité du Loup renaissant dans l’Eau Calme.

Les pas glissent,
les pas tapent au sol,
les pas martèlent,
et les haleines
et les chevelures
frôlent.

La mémoire persiste sous les astres
et dans la sève
et dans les branches.

Le temps vient,
le temps terrible d’entendre
les gigues millénaires
tonner.

Années 1970s – 2009


© Copyright 1970, 2009 Hamilton-Lucas Sinclair (Loup Kibiloki, Jacques Renaud, Le Scribe), cliquer


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3 Responses to Les gigues millénaires tonner

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