And on Earth Peace, Le Cassé, le joual, Jacques Renaud

De droite à gauche: le poète Paul Chamberland, le romancier Laurent Girouard, l’écrivain Jacques Renaud (le p’tit jeune à l’avant-plan), les écrivains Claude Jasmin, Gérald Godin, André Major, et le cheval.   Sur la pancarte, c’est écrit “DANGER”.  La photo est du photographe et cinéaste Jean Beaudin.  Sous les pieds, c’est de la glace :  celle du Lac aux Castors, à Montréal, sur le Mont-Royal, possiblement un ancien volcan.  La photo fut prise durant l’hiver 1965-1966 pour illustrer un reportage de Normand Cloutier diffusé en février 1966 dans le magazine canadien Le MacleanUnder Fair Use.


And on Earth, Peace,  Jacques Renaud, texte intégral (cliquer).

Quelques oeuvres de fiction de Jacques Renaud qu’on trouve sur ce blog :

Le Cassé, la novella, avec les nouvelles; la vraie version originale et intégrale, la seule autorisée par l’auteur.   —   Le Crayon-feutre de ma tante a mis le feu, nouvelle.   —   L’Agonie d’un Chasseur, ou Les Métamorphoses du Ouatever, novella.

La Naissance d’un Sorcier, nouvelle.   —   C’est Der Fisch qui a détruit Die Mauer, nouvelle.   —   Émile Newspapp, Roi des Masses, novella.   —   Et Paix sur la Terre (And on Earth, Peace), nouvelle.   —   L’histoire du vieux pilote de brousse et de l’aspirant audacieux, conte

Le beau p’tit Paul, le nerd entêté, et les trois adultes qui disent pas la même chose, nouvelle  —  La chambre à louer, le nerd entêté, et les quinze règlements aplatis  —   La mésange, le nerd entêté, et l’érudit persiffleur

Jack le Canuck, chanson naïve pour Jack Kerouac,  poème  —    L’histoire de l’homme qui aimait la bière Molson et qui fut victime de trahison, conte

Loup Kibiloki ( Jacques Renaud ) :  La Petite Magicienne, nouvelle;  Héraclite, la Licorne et le Scribe, nouvelle.


 

La nouvelle And on Earth, Peace, de Jacques Renaud, fut publiée pour la première fois en 1964 (peut-être 1963) dans la revue québécoise Parti Pris.

Je n’ai pas retrouvé la référence bibliographique exacte – et Jr non plus.

Jacques Renaud, l'auteur de Le Cassé, vers le milieu des années soixantes.

L’écrivain Jacques Renaud au milieu des années soixantes.  Il avait vingt ans au moment de la rédaction du Cassé.  Cette photo, découpée de la photo de Jean Beaudin (voir plus haut), est postérieure à la publication de la novella.  Jacques Renaud doit avoir environ vingt-et-un ans au moment de cette photo.

À l’aube de ce qu’on a appelé, au Québec, la «Révolution Tranquille», cette nouvelle annonçait le coup d’envoi de la nouvelle littérature québécoise en langue populaire, ce qu’on a appelé le «joual»; cette appellation n’est pas de l’auteur (pourquoi pas «joil»?).

Jusque-là, la langue populaire n’était utilisée que parcimonieusement dans les dialogues de romans et elle était boudée par les grands et petits-bourgeois canadiens-français. Cette fois, le vernaculaire se retrouvait de plain-pied dans la narration – et pas seulement dans les, ou des dialogues.

Le 17 novembre 1964, quelques temps après la publication de And on Earth, Peace, paraissait Le Cassé, du même auteur, à l’initiative de Laurent Girouard, l’auteur de La Ville inhumaine et membre du mouvement Parti Pris, qui rendait parfois visite à Jacques Renaud.

La publication du recueil de nouvelles Le Cassé est étroitement associée à la publication de And on Earth, Peace, et il est difficile de parler de cette nouvelle sans parler du Cassé (Le Cassé, la version originale et intégrale, est maintenant sur le blog).

Après la publication de And on Earth, Peace dans la revue Parti Pris, Laurent Girouard avait sollicité un manuscrit de l’auteur, “quelque chose qui ferait un livre”, quelque chose dans le même style que And on Earth, Peace.

L’auteur écrivait beaucoup, depuis des mois, depuis même plus longtemps, dans la même veine que And on Earth, Peace, la nouvelle qui venait d’être publiée dans la revue. Jr “explorait”. Il le faisait depuis plusieurs années, cherchant, comme il disait, à «mettre les choses elles-mêmes dans les mots, dans les phrases, recréer le monde dans le texte, aussi concrètement que possible». Il parlait d’«écriture sauvage», d’«écriture concrète». D’où l’exploration des rythmes de la langue parlée, des orthographes nouvelles pour certains mots, surtout les mots anglais tels que prononcés par les Canadiens-Français, l’écoute attentive des dialogues sur la rue, dans les restaurants, les dialogues spontanés des serveuses, etc. Le vernaculaire québécois – et surtout montréalais – surgissait dans la narration.

Laurent Girouard vint finalement prendre livraison du manuscrit de Le Cassé chez Jacques Renaud, au 930 rue Cherrier où l’auteur habitait à Montréal, au Québec, tout près du Parc Lafontaine, et s’occupa de tout.

On peut souligner que le manuscrit de Le Cassé ne fut jamais envoyé à un éditeur, c’est l’éditeur lui-même qui le sollicita et vint le chercher, sans savoir ce que l’auteur allait écrire, sinon que ce serait dans la même style, ou dans la même veine, que And on Earth, Peace puisque l’auteur travaillait dans cette veine depuis très longtemps, et à l’époque à longueur de journée – et de nuit, surtout – dans la petite chambre du rez-de-chaussée qu’il habitait rue Cherrier. L’ensemble proprement dit des histoires qui composent Le Cassé fut écrit, lui, en trois jours et trois nuits intenses.

Laurent Girouard et Pierre Maheu (le fondateur et l’âme de la revue et du mouvement Parti Pris) furent, pour Jr, et sont demeurés, dans sa perception et sa mémoire, comme des grands-frères sympathiques à qui il a toujours conservé son affection – mais ils n’étaient pas des mentors: en dépit de son très jeune âge – il avait vingt ans – Jacques Renaud n’en avait pas besoin.

Laurent Girouard aurait confié à Jacques Renaud, dans les années quatre-vingts, qu’il y avait eu beaucoup de résistance au comité de lecture des éditions Parti Pris à l’idée de publier le manuscrit du Cassé, et que c’est Pierre Maheu, le directeur-fondateur de la revue Parti Pris, qui aurait «mis son poing sur la table», pour reprendre l’expression de Girouard, et imposé la publication du texte, ce que l’auteur avait toujours ignoré. André Major écrivit une préface.

Jacques Renaud ignorait tout de la portée de ce qui se passait et allait se passer. Son entreprise d’écriture, depuis des mois surtout, était totalement indépendante de tout agenda politique, militant, et surtout, de tout projet de “carrière”. Même s’il s’était découvert une passion pour l’écriture, les sons, les accents, les mots, dès l’âge de quatorze ans, Jr ne connaissait pratiquement rien du milieu littéraire québécois – ou de n’importe quel autre milieu littéraire.

Le Cassé, la novella qui donnait son titre au livre, et encore plus, peut-être, les courtes nouvelles qui lui succédaient dans le livre, poussaient encore plus loin l’écriture populaire et joualisante déjà utilisées dans And on Earth, Peace, comme dans La Rencontre, Un coup mort tu t’en sacres, Les Dialogues des Serveuses – surtout La Rencontre, une description courte, dantesque, de la déchéance humaine, une narration concentrée, très urbaine, traversée d’une sorte de noire compassion. «Un curieux mélange de Dickens et de Céline», dira un critique, l’historien Clément Lockwell. L’auteur n’avait pas lu Dickens, mais il connaissait bien Le Voyage au bout de la Nuit de Louis-Ferdinand Céline qu’il avait lu plusieurs fois. Il avait aussi lu tout ce qu’il avait pu trouver de Blaise Cendrars, entre autres. Mais il avait aussi lu les poésies d’Alain Grandbois, des poèmes de Nelligan, des textes de Tristan Tzara, d’Essénine, et d’autres, quand il était encore jeune ado, ce qui était pas mal rapproché dans le temps…

Essentiellement, l’auteur était un marginal qui traçait ses propres sentiers – un “lone wolf”  –  un loup solitaire, dans l’âme, curieux de tout mais “inapprivoisable” – et il l’est profondément demeuré même s’il a tenté de “s’intégrer au monde normal” à quelques reprises.

«Jacques Renaud écrivait comme un loup», dit d’ailleurs de lui Gérald Godin dans la préface à Broke City, la traduction anglaise, par David Homel, de la novella Le Cassé, le texte qui donne son titre à l’oeuvre, il «écrivait comme un loup, mystérieux, imprévisible. Et une faculté d’adaptation, aussi à l’aise sur la Main de Montréal que dans un ashram indien…» Jr aime à dire: «Il faut se méfier des étiquettes comme de la peste. Il n’y a qu’une seule chose que les étiquettes ne parviennent pas à  étouffer: les boîtes de conserves, elles ne respirent pas, mais surtout, elles s’en trouvent bien. Pas moi.» Dans la même préface à Broke City, paru au début des années quatre-vingts, le poète et député souverainiste Gérald Godin, qui figure sur la photo de 1966 reproduite plus haut (comme Laurent Girouard), devait aussi dire et écrire de Jacques Renaud, en parlant des écrivains de l’époque, qu’il était «le plus audacieux de tous».


Après la publication de Le Cassé, ce fut une véritable explosion. Ceux qui l’ont vécue s’en rappellent – et les archives médiatiques imprimées le démontrent. Jamais, dans l’histoire du Québec, le phénomène de l’intégration du vernaculaire dans la langue de création écrite – un phénomène qui s’était déjà manifesté auparavant sur un mode mineur – n’avait pris une telle ampleur. Et cette fois, surtout, ce fut pour rester.

Le phénomène allait essaimer et se perpétuer jusqu’à ce jour et permettre à des auteurs qui, jusque-là, s’étaient cantonnés dans le “français métropolitain”, comme Victor Lévy-Beaulieu, Claude Jasmin ou Michel Tremblay, par exemple, de donner leur pleine mesure en s’alimentant à la source nouvelle qui venait d’être ouverte. Qu’on pense à Les Belles-Soeurs, la pièce de théâtre de Tremblay, produite quatre ans plus tard, en 1968.

En novembre 1964, quatre ans auparavant, le phénomène était mûr et s’imposait d’un coup grâce au mouvement Parti Pris, grâce à l’audace et à l’instinct sûr de gens comme Laurent Girouard, Pierre Maheu, grâce à des critiques qui saisissaient l’importance de ce qui se passait – on pense, entre autres, à André Brochu, Jean-Éthier-Blais, Léandre Bergeron, et bien d’autres, et grâce, au premier chef, à l’écriture sauvage, vigoureuse, crue, incontournable d’un très jeune auteur qui avait eu le génie et l’audace solitaires d’explorer, de ranimer, d’écouter et d’allumer pour longtemps le feu d’un volcan que personne n’écoutait, ou ne voulait entendre, gronder ou vibrer.

Jacques Renaud, issu du milieu populaire, était né le 10 novembre 1943. Le Cassé – tout comme And on Earth, Peace – fut donc écrit à l’âge de 20 ans. Au moment de la sortie du livre, Jr venait tout juste d’avoir 21 ans.


Cet écrivain semble avoir été, depuis des décennies, au Québec, l’objet d’une sorte de “conspiration du silence” dont il dit lui-même qu’elle a «fini par me faire mourir, de rire». Il dit avoir compris qu’on avait “conspiré” tout ce “silence” et ce “feutrage” pour lui faire plaisir: «J’déteste le bruit.» En fait, Jr n’utilise pas l’expression «conspiration du silence», il parle plutôt, entre autres, de «constipation du feutrage».

La photo au début de ce post illustrait un reportage de Normand Cloutier, réalisé en 1965 et publié dans le magazine canadien Le Maclean en février 1966. Le reportage portait sur le joual, Le Cassé, le mouvement Parti Pris. Le Cassé avait été lancé le 17 novembre 1964 à la librairie Feretti, rue Saint-Hubert, dans le Nord de Montréal.

Sur cette période, voici un extrait d’un texte inédit de Jacques Renaud:

«J’entrais d’un coup, en novembre 1964, dans un univers où je me suis toujours senti étranger, celui des événements littéraires, de la notoriété, des entrevues, des intrigues d’auteurs, des éditeurs, des cocktails, l’univers des reporters qui biaisent les faits, parfois inventent carrément, et des critiques masse-médiatiques dont la plupart ont des agendas liés à la politique, ou à autre chose… Comme on dit, j’étais vraiment pas “fait” pour ça.

«Ce n’est pas pour rien qu’en 1967, je suis monté sur un navire qui allait vers l’Est. Je suis parti, en partie pour m’arracher à l’invraisemblable piège, de notoriété entre autres, dans lequel j’étais tombé.

«Je venais d’avoir 21 ans, ce monde n’était pas le mien, et d’emblée – et d’instinct –  je ne l’ai pas aimé, même si j’ai tenté de jouer le jeu pendant un temps. Laurent Girouard, perspicace, semblait comprendre…»


J’ai d’abord cherché une copie de la photo de Jean Beaudin sur internet (la photo qui figure en début d’article). Je ne l’ai pas trouvée. Pas sur internet. Quelqu’un m’a fourni une copie de cette photo. Maintenant, on peut la trouver sur internet.

Regardez-la attentivement, elle parle. Elle dit beaucoup de choses qu’on semble cacher aujourd’hui, elle les dit silencieusement. Notez, en passant, que Michel Tremblay n’y figure tout simplement pas. Ni cette sorte de géant des lettres qu’est Victor Lévy-Beaulieu. Pourquoi? Tout simplement parce qu’on est en 1965, et que ces géants littéraires à venir ne se sont pas encore éveillés, ils ne sont pas dans le décor. Michel Tremblay joualisant apparaîtra beaucoup plus tard.

On ne trouvait pas cette photo sur internet. Pourtant c’est une photo historique de l’histoire littéraire du Québec. Il ne s’agit pas seulement de Jr, le p’tit jeune qui écrivait comme un loup, comme disait Godin, et qui, au fond, l’a fait toute sa vie, en tous sens, déroutant. Les gars sur la photo sont radicalement le contraire de deux de piques, c’est le moins qu’on puisse dire! Certainement pas des Johnny-Come-Lately : Gérald Godin, poète populaire – qui battra d’ailleurs un jour le premier ministre du Québec, Robert Bourassa, dans sa propre circonscription; L’Afficheur Hurle : Paul Chamberland; Claude Jasmin qui a publié, dans la foulée du Cassé de Jr, Pleure pas Germaine; André Major, Le Cabochon; Laurent Girouard, La Ville inhumaine. Ce sont ceux qui ont compris très vite ce qui se passait, plus que Jr, en fait, même si ce dernier les précédait – paradoxal. Ces gens-là ont marqué l’histoire littéraire et culturelle du Québec. Le cheval, le joual sur la photo, il est encore harnaché, on peut apercevoir son collier, c’est un cheval de trait, mais il est dételé, il représente un trait-d’union avec l’origine partiellement paysanne du joual urbain. Et sur la pancarte, on annonce peut-être, de manière cryptée, l’énigme de l’évanouissement de cette extraordinaire photo, du moins son invisibilité sur internet : «DANGER». Quel danger a-t-on voulu feutrer, “révisionner”, si on peut dire, en “oubliant” une photo comme celle-là? Au pays du Je me souviens? Sont-ce les mêmes forces ou les mêmes courants qui ont contribué à tchutchuter la photo, que ceux qui ont éteint (les éternels éteignoirs) l’expression «Québec Libre» depuis des décennies? Ou qui n’ont trouvé rien de mieux, après avoir imposé l’appellation «Québécois» pour effacer l’appellation «Canadien-Français», que de parler de «Québécois … de souche». Ou qui ont définitivement remplacé «l’indépendance du Québec» par la «souveraineté-association», cette sorte de redondance fédéraliste vague, brouillonne, mécamoufflable? «DANGER». Cette photo-là représenterait un danger. Intéressant.

Je vous laisse méditer là-dessus.

Il semble, en tout cas, c’est une impression, que plusieurs sites portant sur la littérature québécoise semblent avoir tendance à, disons, “feutrer”☺ la présence de Jacques Renaud et du Cassé, comme si le phénomène en démangeait plusieurs. Aurais-je tort? Je ne sais pas. Il me semble que non. Il semble que l’importance objective de l’ouvrage – et par ricochet, de l’auteur, et de l’origine sauvage et révolutionnaire de la littérature “jouale” – en agace beaucoup.


Les prises de position de l’auteur, dans la deuxième moitié des années quatre-vingts, contre l’utilisation, par Québec, du pouvoir de la clause dérogatoire canadienne dans les lois linguistiques québécoises – et la dénonciation, par Jr, de ce pouvoir de dérogation morbidement scellé dans la constitution canadienne par Pierre-Elliot Trudeau en 1982 et qui semble bel et bien calqué sur la Loi d’Habilitation nazie du 23 mars 1933 (Enabling Act), sont certainement pour quelque chose dans la constipation du feutrage dont parle Jr. La chose déplaisait non seulement à une certaine mouvance de l’establishment québécois, toutes orientations politiques confondues, mais aussi à une certaine mouvance de l’establishment canadien – toutes orientations politiques confondues, aussi. Il faudrait y revenir quoique la chose soit abordée dans certains article sur ce blog, comme ceux dont les liens précèdent. Ça fait beaucoup de monde à se mettre à dos dans les deux camps. La présence de la clause dérogatoire dans la constitution canadienne de 1982, et dans les codes canadiens provinciaux et territoriaux de droits et libertés, y compris dans la Charte des droits et libertés du Québec de 1975 (l’article 52), bien avant le Canada, prouve hors de tout doute que des forces cachées travaillent depuis longtemps à saper les libertés populaires fondamentales, la démocratie vraie, les droits juridiques fondamentaux, et que ces forces cachées oeuvrent autant au Québec qu’au Canada, toutes tendances politiques confondues. Incidemment, la première apparition de ce pouvoir d’Habilitation à caractère hitlérien (oui oui, ces mots sont pesés) date, incidemment, de 1960, avec la Déclaration Canadienne des Droits (Canadian Bill of Rights) : l’article 2.

On peut rappeler, par ailleurs, que Le Cassé a déjà fait l’objet de censures, de dénonciations et d’interdictions ouvertes au Québec, ce qui implique raisonnablement qu’il y en a eu aussi en circuit fermé.

Or, la photo de Jean Beaudin, où Jr se trouve symboliquement à l’avant-plan, souligne silencieusement l’importance du rôle historique et littéraire, entre autres, du p’tit jeune, au début des années soixantes, et c’est difficile à cacher sans massacrer la photo – et en plus, l’importance de l’événement est un fait objectif, historique, documentable. Pauvres autruches : on aperçoit l’truc, mais elles le savent pas.

Ça devient intriguant, parfois amusant, d’observer ainsi le phénomène de “révisionnisme feutré” à l’endroit, entre autres, du Cassé et de son auteur, mais aussi d’une véritable révolution communautaire qui se jouait dans les années 1960s. Un phénomène de “révisionnisme feutré”, ou de tamisage, qui ne s’avoue pas mais qui se perçoit quand même. Un peu comme dans le conte d’Andersen, celui des vêtements “invisibles” du roi où le roi se croit vêtu mais ne l’est pas et c’est un enfant qui brise l’hypnose en disant la chose tout haut. Comme si la “nation québécoise” se voulait sans se vouloir – se souhaitait, oui, bien sûr, mais sans jamais réaliser le souhait. On retrouve d’ailleurs ce “souhait subconscient d’interdiction de naissance” exprimé symboliquement dans certains passages du Cassé (le meurtre de Bouboule). C’est peut-être là qu’il faut chercher la raison profonde pour laquelle l’oeuvre agace – par la forme, oui, mais plus encore par un fond symbolique et mythique, archétypal, en strates, profondément encrypté, avec lequel, incidemment, Jacques Renaud semble très familier.

Bref, l’oeuvre agace par la vérité quasi “insaisissable” qui y vibre à chaque ligne. Quasi. Car selon Jr, cette vérité est, en grande partie, perceptible à qui sait lire.

À mon avis, l’oeuvre agace parce qu’elle est vraie. Terriblement vraie. Beaucoup trop vraie. Et qu’on n’a pas encore découvert la racine archaïque de la révolte et de la violence qui y éclatent à chaque page. La conscience humaine peut pourtant trouver. Avec de la simplicité – et de l’audace.

Le Cassé, la version originale et intégrale, est maintenant sur le blog.


Ce qui suit a été rédigé avant l’affichage du Cassé sur ce blog :

Notamment depuis 2005, dans la foulée d’un procès, l’auteur du Cassé est le détenteur exclusif de tous les droits sur l’oeuvre. Le Cassé pourrait facilement trouver un éditeur: c’est une oeuvre qui, après s’être vendue massivement à sa parution en 1964, s’est toujours vendue, après coup, chaque année, année après année, régulièrement (un “livre de catalogue” en jargon d’éditeur), et certains, dans le milieu de l’édition, seraient certainement intéressés à remettre le livre en circulation; en tout cas, la “demande”, comme on dit dans le commerce, existe. Mais Jr a dû faire face à une violation du droit moral sur cette oeuvre, par l’éditeur, pendant près de quinze ans. Ça marque, et disons que ça fait hésiter.

Par ailleurs, entre 1964 et les premières années de l’an 2000, en dépit du fait que l’ouvrage se soit vendu avec une régularité d’horloge, chaque année, pendant plus de quarante ans, les droits d’auteur que l’éditeur a versés à l’auteur n’ont pas totalisé 5 000 dollars canadiens – moins de 3 200 Euros, environ). En plus de quarante ans. Tirez vos conclusions. Pourquoi se donner la peine de négocier un contrat, investir du temps, etc., si c’est pour voir le contrat violé par l’éditeur, non seulement sur le plan du droit moral, mais même sur celui des redevances?

Qu’on comprenne que pendant une quinzaine d’années, un même éditeur a fait circuler simultanément (pendant quinze ans…) deux oeuvres différentes, contre la volonté de l’auteur, deux oeuvres différentes qui n’étaient pas Le Cassé original mais qu’on présentait comme tel : et les deux oeuvres, différentes, très différentes, se présentaient sous le même titre, «Le Cassé», et sous le même nom d’auteur, «Jacques Renaud».

L’une des deux oeuvres intitulées «Le Cassé», et qui n’était pas Le Cassé, était une oeuvre de ré-écriture en progrès entreprise par l’auteur. C’était un travail de ré-écriture en profondeur à partir de la version originale du Cassé, un travail entrepris dans les années 1970s, une oeuvre en progrès, non-terminée, loin de là – elle ne l’est toujours pas en 2010, interrompue qu’elle a été pendant quinze ans : l’affaire de la violation du droit moral sur cette oeuvre en progrès (publication sauvage et sans permission) date de 1989 et s’est prolongée jusqu’en 2005 :  Le Cassé de Jacques Renaud : le vrai, le faussé, le faux.

Le phénomène de publication et de diffusion non-autorisées, contre toutes les dénonciations de l’auteur exprimées des mois avant que la chose ne se fasse, a revêtu, pendant quinze ans, des proportions ubuesques: encore une fois, deux ouvrages radicalement différents, une édition contenant Le Cassé original mêlé à d’autres textes qui faussaient la nature de l’original, et l’autre édition, l’oeuvre de ré-écriture en progrès non-autorisée et portant le même titre, «Le Cassé», et le même nom d’auteur, ces deux ouvrages différents, tous deux en circulation en même temps sous le même titre et sous le même nom d’auteur, mis en circulation et maintenus ainsi tous les deux, en même temps, pendant quinze ans, par le même éditeur, sans que personne, littéralement personne, sauf  l’auteur, ne proteste.

Il n’est pas impossible qu’on ait voulu saboter l’oeuvre, et par ricochet, l’auteur; à vous d’en juger. Les phénomènes de répression sont complexes, souvent vaseux, murky, absurdes, ils revêtent souvent un aspect bouffon ou grotesque. C’est certainement le cas ici. Tellement bouffon ou grotesque qu’on se refuse à le croire.

Pendant plus de quinze ans, l’auteur a disparu, psychologiquement incapable, non pas nécessairement d’écrire, per se, mais psychologiquement incapable de destiner quoi que ce soit à la publication; il pouvait cependant écrire pour d’autres à l’occasion et il a fait du ghost-writing.

Le scribe refait surface. Sur ce blog. Pas pressé, mais vraiment pas pressé de publier Le Cassé – ou quoi que soit, en fait – par les voies classiques qui l’ont si généreusement et grotesquement desservi jadis. Si l’oeuvre originale est diffusée de nouveau, elle le sera vraisemblablement par ce blog, et ce sera vraiment l’oeuvre originale et intégrale de 1964; l’oeuvre en ré-écriture est, encore une fois, loin d’être terminée – le sera-t-elle jamais maintenant? – et de toutes façons, c’est une autre oeuvre.

Vraiment pas pressé. Quinze ans de plus ou quinze ans de moins. Une petite éternité avec ça?


Le texte intégral et original du Cassé comprend les sept textes suivants:

1 – Une Manière d’introduction;

2 – Le Cassé;

3 – And on Earth, Peace;

4 – Dialogues des serveuses (Dialogues des serveuses, Dialogue des gerçures, Dialogue de la serveuse et du client souffrant d’un mal de tête, Dialogue de l’intellectuel nationaliste et de la serveuse);

5 – Le Clou;

6 – Un Coup mort tu t’en sacres;

7 – La Rencontre.

Plus ou moins ça, ce n’est pas le texte intégral et original, et ça ne l’a jamais été.

Le manuscrit original lui-même se trouverait vraisemblablement dans les archives de l’Université de Montréal depuis les années 1960s, après que l’auteur l’ait confié de manière informelle à une personne en charge d’un département de recherche en littérature à l’UdeM.

L’auteur lui-même n’a jamais fréquenté l’UdeM. Ni aucune autre université – du moins en tant qu’étudiant.


© Copyright 2009 Hamilton-Lucas Sinclair (Loup Kibiloki, Jacques Renaud, Le Scribe) cliquer


Les oeuvres de fiction de Jacques Renaud qu’on trouve sur ce blog :   Le Cassé, la novella, avec les nouvelles; la vraie version originale et intégrale, la seule autorisée par l’auteur.   —   Le Crayon-feutre de ma tante a mis le feu, nouvelle.   —   L’Agonie d’un Chasseur, ou Les Métamorphoses du Ouatever, novella.    –   La Naissance d’un Sorcier, nouvelle.   —   C’est Der Fisch qui a détruit Die Mauer, nouvelle.   —   Émile Newspapp, Roi des Masses, novella.   —   Et Paix sur la Terre (And on Earth, Peace), nouvelle.   —   L’histoire du vieux pilote de brousse et de l’aspirant audacieux, nouvelle  –  Le beau p’tit Paul, le nerd entêté, et les trois adultes qui disent pas la même chose, nouvelle  —  La chambre à louer, le nerd entêté, et les quinze règlements aplatis  —   La mésange, le nerd entêté, et l’érudit persiffleur   –  Jack le Canuck, chanson naïve pour Jack Kerouac,  poème  —    L’histoire de l’homme qui aimait la bière Molson et qui fut victime de trahison   –  Loup Kibiloki ( Jacques Renaud ) :  La Petite Magicienne, nouvelle;  Héraclite, la Licorne et le Scribe, nouvelle.


Beaucoup de poèmes de Jacques Renaud ( Loup Kibiloki )

Des histoires, des comptines, des contes.  En prose ou en versets libres.  Parfois bizarres, parfois pas.

Suites poétiques, Loup Kibiloki ( Jacques Renaud )  :   Les Enchantements de Mémoire  – Sentiers d’Étoiles  –  Rasez les Cités  –  Électrodes  –  Vénus et la Mélancolie  –  Le Cycle du Scorpion  –  Le Cycle du Bélier  –  La Nuit des temps  –  La Stupéfiante Mutation de sa Chrysalide


Sur Le Cassé de Jacques Renaud, des extraits de critiques

Jadis, la liberté d’expression régnait dans ma ruelle, ou La ruelle invisible

Le Cassé de Jacques Renaud : le vrai, le faussé, le faux  (A-t-on voulu détruire la carrière de l’auteur ?)

Sorel : En 2012, on y censure Dieu et Edith Piaf. En 1971, on y censurait Le Cassé de Jacques Renaud…

 


Blogsurfer.usIcerocket

About Loup Kibiloki

Aller ici (have a look here) : https://electrodes-h-sinclair-502.com/electrodes_anode/
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2 Responses to And on Earth Peace, Le Cassé, le joual, Jacques Renaud

  1. Huguette Bertrand says:

    Je viens de lire l’essai inédit de Jacques Renaud.

    JR ne veut plus voir ses ouvrages édités en livre. Je comprends pourquoi. Toutefois, LB pourrait demander à JR s’il serait consentant à éditer Le Cassé en format Pdf, ce qui permettrait de rendre l’oeuvre accessible gratuitement sur le Blog de LB, ce, à la condition qu’un tel fichier Pdf puisse être installé sur un blog.

    Si JR était consentant et que ce soit possible de l’installer sur un blog, et que si LB ne peut virer un fichier Word en Pdf, HB pourrait le faire en moins de deux…. Si JR n’y tient pas, on n’en parle plus.

    – Fin de la plaidoirie –

    • :-) Toutes ces opérations me sont familières et ne sont pas un problème.

      Ce qui doit se produire se produira en son temps, sans bousculade.

      La “Note sur la disponibilité de Le Cassé” a été rafraîchie:


      “Si l’oeuvre originale est diffusée de nouveau, elle le sera vraisemblablement par ce blog, et ce sera vraiment l’oeuvre originale et intégrale de 1964 …” ( mise à jour – c’est maintenant fait : Le Cassé de Jacques Renaud, novella )


      Étape par étape.

      La Note décrit succinctement ce qu’est “l’oeuvre originale et intégrale de 1964”.

      Il est souligné dans la Note que pendant plus de quinze ans, le lecteur s’est fait servir, comme l’auteur, d’une manière ou d’une autre, autre chose que “l’oeuvre originale et intégrale de 1964″. C’est un fait.

      Certaines choses doivent être clarifées et dites avant de se lancer dans le taratata. J’ai appris ça.

      ” … De toutes façons, quinze ans de plus ou quinze ans de moins … :) Voilà.

      En attendant, Et Paix sur la Terre…”

      Très sincèrement.

      Et Paix sur la terre.

      Rien de moins.

      Si possible, beaucoup plus.

      Jr – avec Loup pas loin.

      *

      L’émoticon, à la fin, est de Loup. Ça l’amuse que je le dise. Un sacré canin. Il comprend beaucoup de choses. Il me “civilise” (au sens métaphorique et galant du terme). “Un effort n’est jamais perdu. Sisyphe se faisait des muscles.” (Celle-là, c’est de Paul Valéry.)

      :)


      On retourne à la poésie. Non. Pas tout à fait : Un coup bavant du Grand Avide, ou Kafka aurait pu l’dire – extrait :

      « Au début on pensait que c’était une blague. Mais plus le temps passait, plus on voyait que c’était une blague. À la fin, on avait plus de doute, c’était clair, on s’était trompé, c’était une blague. C’est pas tous les jours une blague, fallait pas laisser passer ça, on a fait ça correctement, ça a duré des heures, à la fin y avait plus rien, on butait sur les morts, c’était clair, c’était une blague, on voyait bien ! .. »

      Y a encore plein de Grands Avides dans l’astral qui brûlent de se faire écrire (goût prononcé pour le phlogistin) (heureusement qu’y a pas qu’eux! :-) (et heureusement qu’y en a) (sont bidonnants) (bidonnants mais pas rassurants) (pas rassurants, mais bidonnants) (paramébides, bidonméras) (ça r’commence…) (en plus, faut pas dire “phlogistin”, faut dire “phlogistique”, on dit “phlogiston” en anglais, mais j’préfère “phlogistin”, ça fait penser à Firmin, ça fait penser à Célestin, ça fait penser à Finfin, ça fait un peu pincé, le Grand Avide aurait un goût pincé pour le phlogistin) (ça fait plus que r’commencer, ça pinciste) (en tout cas, mettons que la bande de pincés brûle de) (stop)

      As-tu déjà lu les trucs que Juan Matus disait à Carlos Castaneda sur la poésie?

      Carlos comprenait pas pourquoi son grand maître yaki “perdait son temps” à lire des poètes.

      Juan Matus tente d’expliquer à Carlos que c’est lui (Carlos) qui perd son temps à ne pas les lire…

      Faudrait retrouver les passages.

      loup.

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