Un coup bavant du Grand Avide, ou Kafka aurait pu l’dire – récit bizarre (non, absurde, absurde).

«Écoûte, Jean, j’te parle sérieusement : le Titanic est par le fond, bon, y a un trou dans la chaloupe, c’est un fait, on a oublié les gilets de sauvetage, bon, bon, je ne sais pas nager, toi non plus, et je ne flottes pas, c’est établi; alors la question est cruciale, restons calme et dis-moi la vérité : est-ce que toi, tu flottes?…»

Ça va de soi.
(Georges Brassens)

Au début on pensait que c’était une blague.
Mais plus le temps passait,
plus on voyait que c’était une blague.
À la fin, on avait plus de doute,
c’était clair,
on s’était trompé,
c’était une blague.

c’est pas tous les jours une blague,
fallait pas laisser passer, on a fait ça correctement,
ça a duré des heures,
à la fin y avait plus rien,
on butait sur les morts,
c’était clair,
c’était une blague,
on voyait bien!

Il est maintenant strictement interdit
de monter dans les avions
avec un doigt
pointant
vers le bas.

Le Pavillon des Lunatiques (Corral de Locos – Yard with Lunatics) – Francisco Goya –  vers 1793-1794.

J’aimerais,
une fois pour toutes,
être clair
et me faire comprendre!

Voici.

Il ne faut pas désespérer.
Kafka l’a dit.

Il a dit quelquechose comme ça.
Qu’il ne fallait pas désespérer.

En tout cas,
s’il ne l’a jamais dit,
il aurait très bien pu le dire!  Prouvez-moi le contraire!!

Voici.

Un sinistre coassement
s’est fait entendre
à l’Assemblée Nationale
dans la chambre
du premier ministre.

On s’y est précipité.

À plat-ventre.

Ça va de soi.

Mais il n’y avait plus de chambre
et les premiers intervenants,
comme on dit en langue plate,
sont tombés raides
dans la grand-gueule
du Grand Avide,
et pfuit!

Tout ce qui est resté,
c’est un crapaud
suspendu au-dessus
d’la gueule haletante
du Grand Avide,
en pure apesanteur,
tout bleu, teinté de rouge.

L’apesanteur,
apparemment,
voulait l’garder (le crapaud).

Mais ce n’est pas prouvé.

Certains disent que ça puait,
mais nos caméras de sécurité
n’enregistrent pas les odeurs.

Pas encore.

Chose certaine,
tout le monde a vu
que le crapaud dégoûtait
et qu’il bougeait comme un parlementaire
soûl
bouge,
suspendu dans le vide,
avec ou sans bretelles cosmiques,
c’est pas clair,
avec plein de choses autour de lui
qui frétillaient comme des anguilles de série B,
comme si on avait écrasé
sur le dos du crapaud
une énorme balloune
pleine de piquette épaisse
et de bestioles carrément dégueubranlantes,
sillonnées de zippers sur les côtés et dans le cou
(des monstres de série B surchouettement réussis),
une énorme balloune,
introduite par on ne sait quoi,
probablement sortie tout droit
d’un puisard d’antimatière,
une énorme balloune
qui balottait toute molle
dans l’atmosphère du lieu,
tout ça filmé
par caméras de sécurité
(un événement de série B surchouettement pris sur le vif),
donc, une énorme balloune rouge
faite d’une peau surfine,
gonflée à pleine capacité …

“Gonflée à pleine capacité comme un prépuce de mamouth”, a déclaré un expert scientifique à la télé, “exactement comme un prépuce de mamouth de laboratoire.” Et il a ajouté, et c’était très clair, que “la preuve, vous l’avez sous les yeux, y a rien qu’un “m” au milieu du mot, pas deux: modification dramatiquement radicale de la chaîne chromosomique! Un succès!”

… En tout cas,
la balloune,
elle a crevé
sous la pression d’un énorme doigt pointu
venu on ne sait d’où (le doigt) –
mais par le haut, ça on l’a vu –
le doigt a percé d’un coup
le toit de l’Assemblée Nationale,
puis percé la balloune gonflée à bloc …

“Gonflée à bloc comme un prépuce de mamoutte”, a rétorqué un autre expert scientifique à la télé, “exactement comme un prépuce de mamoutte de laboratoire.” Et il a insisté, et c’était très clair ce qu’il disait, “la preuve, vous l’avez sous les yeux, c’est vrai que y a rien qu’un “m” au milieu, pas deux, mais mon collègue a ignoré l’évidente élimination du “th” à la fin du mot, et son remplacement par une chaîne typique “t-t-e”,  dite “tétée”, témoignage éclatant d’une mutation zoogéemme beaucoup plus subventionnée que celle de mon collègue, donc beaucoup plus dégueulassement poussée encore, une mutation de mammouth-mamoutte en mamoutte-crapaud! Un succès!”

… On disait donc:
un doigt pointu
qui a percé la balloune
gonflée à bloc comme un prépuce de mamoutte
et provoqué
la mutation
du premier ministre en crapaud
(ce que je dénonce –
j’aime les crapauds) …

“Moi aussi j’aime les crapauds,” a lancé, sur un aqueux ton glougloutant, un autre expert scientifique à la télé, “moi aussi, je m’aime, j’en suis un, j’ai muté dans mon lab, j’étais dans le placard, je regardais La Mouche de Cronenberg,  je suis sorti du placard en courant, regardez mon prépu…!” – Radio-Canada a coupé la déclaration ici et on a pas pu savoir si l’expert considérait son expérience zoogéemme comme un succès.

… On surnomme déjà le doigt,
le “doigt québécois” –
qu’on soupçonne être au bout
de la main du fameux bras canadien,
qui, lui, est rattaché à l’épaule étatsunienne de la Nasa
qui, elle, serait rattachée au système bancaire international privé
qui, lui, est détaché de tout, contrôle tout, décide de tout, gobe tout, jamais d’dettes, donne rien, glotte de faux-cul et dents d’vampire, pas poblème –

et le fameux “doigt québécois” pointu a fait de pénétrants ravages …

(la la la, j’entends le renard dans la fable flatter l’ramage du corbeau de Lafontaine – excusez, je l’mentionne, c’est plus fort que moi, le renard passait…)

… donc, de pénétrants ravages
dans le dos
(pas de face, jamais de face)
du crapaud,
et on murmure,
fort du témoignage glacé
des caméras de sécurité,
que le premier ministre,
oui,
notre premier ministre,
oui,
était bel et bien,
oui oui oui oui,
un crypto crapaud-garou,
jadis fort montrable dans sa forme marketable,
parfois frisé, parfois pas,
mais désormais invendable,
dégoulinant comme ça devant tout le monde
au-dessus
de la gueule
haletante
du Grand Avide.

Plus marketable.

Ça va de soi.

Quoique …

Mais disons que ça va de soi,
qu’il n’est plus marketable,
le premier ministre,
maintenant qu’il baigne
aux yeux de tous
dans le rimel
de ses pixels
et dans la compaction
du mp4
qui a saisi pour tous
dans les alvéoles virtuelles
de ses zéros et de ses uns
cet épique,
étonnant
coassement
mutant
apesant.

Un drame, quoi.
Gros dégât.

Les services secrets
recherchent le doigt.

Disent-ils.

(Au début on pensait que c’était une blague.
Mais plus le temps passait,
plus on voyait que c’était une blague.
À la fin, on avait plus de doute,
c’était clair,
on s’était trompé,
c’était une blague.

Tout le monde l’a dit à tout le monde
mais tout le monde nous a dit de nous taire,
que c’était une blague.

On leur a dit non,
c’est faux,
c’est une blague.

Ils ont crié
“qu’est-ce que vous en savez!!?”

On était pas d’accord,
on leur a dit
“ça suffit, c’est une blague”,
mais ils nous écoutaient pas,
y arrêtaient pas d’crier qu’c’était une blague!

On s’est mis à se taper dessus
comme deux mains qui applaudissent en accord,
vous savez,
clap,
d’un coup,
puis bang,
puis plus fort encore,
puis kaboum, kakaboum, boum!

Synchronisme de miroir,
claquement parfait,
simultanéïté impeccable,
c’est pas tous les jours une blague,
fallait pas laisser passer, on a fait ça correctement,
ça a duré des heures,
à la fin y avait plus rien,
on butait sur les morts,
c’était clair,
c’était une blague,
on voyait bien!)

Donc.

Les services secrets
consultent présentement les philosophes
sur la dialectique du vide et du plein,
et les généticiens
sur les effets cachés des zoogéemmes.

Il est maintenant strictement interdit
de monter dans les avions
avec un doigt
pointant
vers le bas.

Le ministre des finances
recherche avidement
la chambre disparue.

La rumeur court
qu’elle contenait
un pot de vin.

On a trouvé un pot
appartenant à la chambre,
mais pas la chambre.

On a fait la manchette
avec une grosse photo
du pot à la une.

Vous avez vu?

Ça vient de sortir.

La manchette dit:
“Il ne reste qu’un pot d’chambre”.

Et en sous-titre,
anal, vindicatif et larmoyant:
“L’Histoire se retiendra.”

Vous l’avez vu, hein…?

C’est vraiment dégueu,
personne manque ça,
on le montre à la télé,
tout le monde en parle.

Pas d’télé…!??  Eh…
Vous avez pas de télé…!? Vous…?
Vous lisez pas les journaux…!?!

Ah…

Bon.
Bon.

Ben, tant mieux.

Ben alors, lisez pas ce qui précède.
Vous comprendrez pas.

De toutes façons,
c’est de la désinformation.

Ça va de soi.

On nous parle d’un pot d’chambre,
quand il s’agit d’un pot de vin.

Vous voyez le glissement.

À moins que l’pot de vin
ait été un pot d’chambre.

Plein.
(R’gardez pas!)

Non.
Lisez pas ce qui précède.
Vous comprendrez pas.

Retenez l’essentiel:
il ne faut pas désespérer.

Kafka aurait pu l’dire,
Brassens aussi,
même Kierkegaard!

Prouvez-moi l’contraire!


© Copyright 2010 Hamilton-Lucas Sinclair (Loup Kibiloki, Jacques Renaud, Le Scribe), cliquer


Saturne dévorant ses Enfants (Saturno devorando a su hijo – Saturn Devouring his Children)  –  Francisco Goya –  vers 1819-1823.


«Un univers clandestin d’une ampleur insoupçonnée.» Rapport Duchesneau, la Corruption au Québec. Texte intégral.


Arrêtez de raser les parterres et de massacrer les plantes sauvages. Plus de 500 espèces de plantes en danger au Québec.


Des sortes de contes, souvent bizarres, la plupart en versets libres  :   Le scorpion à bicyclette     —    Le cliquetis de la croquignole    —    Histoire de Loup-Garou, fragments d’une chronique charcutée    —    Un coup bavant du Grand Avide ou Kafka aurait pu l’dire   —  Crassus le Gigueur ou Comment ouvrir le sol sous les armées    —   La soeur d’Absalon, ou le ciel et l’enfer interdits aux comiques   —   L’histoire de l’homme qui aimait la bière Molson et qui fut victime de trahison    —   La route crie dans mes oreilles   —   La secte guerrière de la déesse Midum : la Main Invisible Du Marché. La Crosse, le Doigt et le Canon

Des comptines, des paroles de chanson, deux trois limericks  :   Un ballon dans un cochon     —   Un chic chat dans l’coma    –    Elle a trop bu d’jus d’ tortue    —     Le miracle de l’écrivain dans l’donjon   –   Petit Matou (paroles pour chanson de plage et d’été, tendre, kétaine et rythmée)    –    Filez, filez, ô mon navire – (poème qui se chante) (et bateau d’avril)   –    With gong and bong. Limerick.    —    A little sleep, you’ll hear a little voice    –        Don’t listen to sweat vampires and slick liars


Canada, Québec, Ontario …  un proto-totalitarisme souterrain persistant.   –   Canada : Pouvoir dérogatoire canadien et pouvoir dérogatoire hitlérien sont identiques.   –    Québec: la clause dérogatoire et la loi 204.    –     Collusion : Karl Péladeau à Hydro-Québec et la Loi Labeaume-Maltais (loi 204)     —  Milgram, la torture, l’abîme de l’obéissance. Les candidats sont légion.   –   Le danger d’être canadien, le danger d’être québécois   –   Avons-nous jamais vécu en démocratie? Pétitionne, trace ton x, cause toujours.    –     Le Petit x du vote: Acte de liberté – ou Pacte de soumission?    –    Nos démocraties: Liberté ou Soumission volontaire?    –   Documents de référence – La d’Habilitation nazie mars 1933, pouvoir dérogatoire québécois (1975), canadien de 1982. Essentiellement, les extraits pertinents de la Charte québécoise, de la Charte canadienne, et la Loi d’Habilitation allemande de mars 1933 au complet.


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8 Responses to Un coup bavant du Grand Avide, ou Kafka aurait pu l’dire – récit bizarre (non, absurde, absurde).

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  6. Merci pour ton commentaire sur un satellite qui depuis hier a bifurqué vers un autre univers de la blogosphère plus fonctionnel.

  7. Huguette, j’te jure.
    Quelquechose.
    En tout cas.
    Gros dégât.
    Chronique du kaliyuga.

  8. Le loup a dit que c’était pas vrai, que c’était une blague.

    En cours de lecture, j’en ai tristement éclaté rire tant ça me semblait vrai en tout lieu tout bazar (lieu où l’on vend toutes sortes de marchandises généralement à bon marché).

    Bref j’en ai conclus que c’était juste un loup déchaîné qui avec DOIGTé fit éclater le pot aux roses dans la balloune !

    Pas grave. La Terre est entourée de pareilles ballounes depuis des temps immémoriaux et nous sommes toujours là dans les excréments de l’Histoire qui nous collent aux pattes à vouloir s’éclater au bout du doigt ! ;-)

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