Neuf contes chaotiques, absurdes, loufoques, bizarres : 2 – Jétu Magrippe I

Je marche sur la rue Sparti jonchée de morues mortes et de bicyclettes tordues .  Le Titanic est par le fond à tout jamais.  Le feu est pris au premier étage d’une maison.

Je cours vers la maison.  Je grimpe quatre à quatre l’escalier extérieur qui conduit au deuxième étage pour prévenir les gens qui habitent là que le feu est pris au premier.

J’enfonce la porte d’un logement.  Je me retrouve en présence de John Steinbeck (toujours vivant)!   Et de Jétu Magrippe, l’illustre écrivain de la modernité.  Jétu Magrippe est l’auteur, entre autres, de : L’appât foutu du petit empoté rugit-il par implosion du citro/citron ?  Phoques et Morues !

Sa théorie littéraire veut que les mots ne renvoient qu’à eux-mêmes.  Ce sont des objets comme d’autres.  Des fourchettes, des roches, des pinottes.  Avec des petites barres comme ça /// ///

Coup au plexus ! Une vedette ! Le goût de lui demander un autographe.  Et/ou de lui crier: «Au feu!»

Je crie : «Au feu!»

J’ai à peine le temps de me tasser dans le corridor : Steinbeck sort, d’une frippe, entre mes pattes.  Il a compris.

Jétu Magrippe bouge pas.

Vous pouvez terminer l’histoire comme vous l’entendez.

Je ne suis pas responsable du reste.

J’ai non seulement crié «au feu!» très fort, énergiquement, j’ai même pris le temps d’écrire les mots sur une feuille de mon carnet à autographes que j’ai placé bien en vue devant Jétu.

Jétu l’a vu, a penché la tête, il a lu, il a hoché du front en murmurant de sa voix donjuanesque : «C’est un/une text/texte, pas d’erreur/erreure, il renvoit/voile sur lui-même.»

Irrémédiablement dégonflant.

Il y a plusieurs fins possibles à l’histoire.  En voici quelques-unes :


1 – Jétu Magrippe sort d’un coup en courant, comme Steinbeck, et admet implicitement que les mots «au feu!» n’ont pas renvoyé sur eux-mêmes.


2 –  Les sirènes de pompier et l’eau des boyaux qui jaillit en trombes sur sa bolle mettent Jétu Magrippe en transe terminale.  Perplexité dans l’âme, index et pouce sur les narines, il hurle :  « Ma pensée me brûle! »  C’est un héros tragique.


3 – Rien. Il ne se passe rien du tout. Ça s’arrête là.  À un moment donné, t’es là pis y a rien.

 Quand y a rien pis qu’t’es là, on appelle ça le nirvâna.


4 –  Jétu, en partie carbonisé, appelle rapidement sa secrétaire, Elle Même.

Il dit à Elle Même d’appeler son confrère Oujlé Tupas.

Puis Jétu va s’asseoir sur le toit de l’édifice en flammes avec crayon et papier d’amiante.

Oujlé Tupas rapplique.  Monte l’escalier.  Parvient sur le toit à demi carbonisé (lui et le toit).

Jétu lui dit d’une voix fondante qu’il faut écrire fusionnellement leur oeuvre majeure: L’amiant/amiante a sauvé l’monde.

Cette oeuvre sera signée Jétu Magrippe, Oujlé Tupas.

Quand la maison s’écroule, Jétu Magrippe et Oujlé Tupas restent suspendus en l’air.

Ils y sont encore.  Sur la photo qu’Elle Même a croqué sur le vif.  Juste au moment où.


5 –  Jétu sort, éperdu, l’oeil coulant, en flippant sa bette fondue.

Il renvoie sa secrétaire Elle Même.  Il est foutu.


6 – Jétu Magrippe s’écrie : «Sida-Sida!», en fait une comptine populaire, se coiffe d’une capine et gobe des suces.  Allez comprendre.


7 – Les pompiers sauvent Jétu avant qu’il ne meure en flambant en haut.

Jétu alors se renvoie lui-même, honteux, chez lui-même, par lui-même, de lui-même, en se trouvant méchant.  On sait pas pourquoi.

Il écrit «au feu!» en cachette et se fait un renvoi postal de texte à lui-même, se relit et éclate en sanglots.

C’est alors qu’il écrit son plus célèbre ouvrage, Le Désert m’a lu.

Puis il raye le titre et publie J’ai Honte.

Puis il raye le titre et publie la rayure.


8 – Jétu sort porté par un torrent de lave.

Il se réfugie dans l’enseignement sans mots et ouvre une clinique d’amortissement.

Sa pivotante, quand il s’asseoit dessus, lui envoie d’un cri/crie la peau du crâne au plafond de son bureau à cause de ses founes tôstées qui dorénavant chauffent en permanence par elles-mêmes et le font djumper.  Il publie :  Titanesque Autodafé par Autofesses.

 À la faculté, il se rue au-devant d’une gagne de non-lui-mêmes qui l’avaient absorbé jadis, barbe, enseignement, rigodons et pantalons, et qui maintenant régurgitent à la ronde, à leur corps défendant,  des floppées d’clones jétu-magrippants jaillissant de leurs bouches irrémédiablement bées-tues.

Ils protestent et réclament la démission de Jétu Magrippe.

Jétu exige immédiatement de passer à la guillotine en se livrant sur-le-champ à une brûlante ovation personnelle et en se récitant à tue-tête de longs passages de Donnez-moi du Chocolat !

Les étudiants tombent la pancarte, sortent un à un, les jambes molles, la face en guenille, hagards, démontés, et se mettent sérieusement à l’étude de Phoques et Morues!.


9 – Jétu se met à lire Nelligan de lui-même à lui-même, et étudie de lui-même, pour lui-même, l’informatique en elle-même.  ( Pas d’quoi écrire à maison sur. )


10 – Jétu Magrippe s’achète un modem pour lui-même, écrit des programmes pour lui-même, se les renvoie à lui-même, pour lui-même, en passant par les lignes du Bell même.  ( Il s’occupe. )

Elle Même le dénonce en l’accusant de.

Un tribunal condamne Jétu Magrippe à une peine de dix minutes.  Il pleure dix minutes.


11 – Il se texte lui-même, assis sur la tête du roi George en face de chez Simpson à Montréal.  Il le proclame au monde.

Mort de honte, sa réputation d’érudit brisée pour toujours, il se suicide sur le socle en granite en bas en s’y jetant tête première parce qu’il s’était trompé: c’était Edward VII et c’était en face de chez Morgan !  ( Ça lui apprendra. )


12 – Jétu hait les pompiers pour eux-mêmes et en eux-mêmes.  Il en fait une profession de foi et fonde le parti OFPONG  ( On A L’Feu Pis On l’Garde! )


13 – Jétu Magrippe rassemble les pompiers qui l’ont arrosé pour les remercier et leur réciter de longs passages des Versets Magrippants :

a) les boyaux sont les ennemis des théories littéraires;
b) les ennemis sont les boyaux des théories littéraires;
c) les théories sont les ennemis des boyaux littéraires;
d) les théories sont les boyaux des ennemis littéraires;
e) les boyaux sont les théories des ennemis littéraires;
f) les ennemis sont les théories des boyaux littéraires;

Les pompiers disent rien ..


14 – Jétu Magrippe lance une campagne pour qu’on trouve d’autres possibilités concernant le rapport des boyaux avec les lithéries théoraires :

« Trouvez-vous-les-les vous-mêmes», dit-il dans son communiqué.

« Écrivez-vous-les-vous à vous-mêmes.  Envoyez la copie des réponses par vous-mêmes au Ministère de l’Éducation même, qui, de lui-même, vous renverra par lui-même les résultats eux-mêmes de vous-mêmes que vous-mêmes pourrez foutre à la poubelle de vous-mêmes. Phoqiou!

«Une bonne possibilité», ajoute Jétu Magrippe, « vous permet de devenir professeur et de vous faire haïr, suspendu dans l’air de Montréal sur une photo immortalisante à tester vos founes ignifugeantes.

«  Vous serez pognés à enseigner avec des mots qui renvoient sur eux-mêmes, et encore, rien que quand y veulent, les chiens!  Des mots qui, d’eux-mêmes, se téléphonent à eux-mêmes quand y veulent pas vous parler, et se parlent entre eux-mêmes avec des virgules coupantes dans les dents.  Comme des bommes pommadés qui se regardent eux-mêmes dans un miroir qui craque par lui-même, de lui-même. Ne m’ovationnez pas tout de suite.

« Si la craque du miroir qui vous fend l’image semble vouloir se maintenir par elle-même, en elle-même, pour elle-même, souvenez-vous toujours de ce que je vous ai enseigné au cours de toutes ces années et qu’Elle Même ne cesse de vous rappeler :

« N’oubliez jamais, jamais, la garantie de dix jours. »


Ce conte est un texte de propagande.

Tout c’qu’y manque, c’est une cause.

Reste à savoir si, à la manière des bombes H, que certains confondent tragiquement avec la préparation anti-hémorroïdale du même nom, ce texte de propagande ne renvoie qu’à lui-même.


 

En attendant, je vous recommande le double expresso bien tassé avec un bout-de-pouce de sel et un bout d’citron.  Avec de l’ail. Avec des atacas tranchés. De la verge d’or séchée.  Des raisins secs sultana.  Un bout d’beurre d’ail.  Une ligne de gingembre séché.  Ou frais.  Pas d’sucre.  ( Oubliez pas l’café. )

Le troisième conte est déjà prêt ?!   Neuf contes chaotiques, absurdes, loufoques, bizarres : 3 – Jétu Magrippe II (tragédie)


© Copyright 1989, 2009 Hamilton-Lucas Sinclair (Loup Kibiloki, Jacques Renaud, Le Scribe), cliquer


Un chic chat dans l’coma   –  Un ballon dans un cochon    —   Elle a trop bu de jus d’ tortue

Le miracle de l’écrivain dans l’donjon   –  Petit Matou (paroles pour chanson de plage et d’été, tendre, kétaine et rythmée)    –   La pluie, de ses dents rondes et bleues  –  Filez, filez, ô mon navire – (poème qui se chante) (et bateau d’avril)

Un coup bavant du Grand Avide, ou Kafka aurait pu l’dire

Crassus le Gigueur ou Comment ouvrir le sol sous les armées   –   Le Cliquetis de la croquignole   —   La logique est une muette qui ne cesse de nous faire signe   –   La soeur d’Absalon, ou le ciel et l’enfer interdits aux comiques


Jacques Renaud ( Loup Kibiloki ), ouvrages de fiction en ligne, novellas, nouvelles, des notes biographiques.


Beaucoup de poèmes de Jacques Renaud ( Loup Kibiloki )


Loup Kibiloki ( Jacques Renaud )  :    Plusieurs suites poétiques de Loup Kibiloki ( Jacques Renaud )   –   Des poèmes à Shiva –   Des histoires, des comptines, des contes.  En prose ou en versets libres.  Parfois bizarres, parfois pas.


Suites poétiques, Loup Kibiloki ( Jacques Renaud )  :   Les Enchantements de Mémoire  – Sentiers d’Étoiles  –  Rasez les Cités  –  Électrodes  –  Vénus et la Mélancolie  –  Le Cycle du Scorpion  –  Le Cycle du Bélier  –  La Nuit des temps  –  La Stupéfiante Mutation de sa Chrysalide


Oeuvres de fiction de Jacques Renaud  ( Loup Kibiloki ) qu’on trouve sur ce blog : 

 Le Cassé, la novella, avec les nouvelles; la vraie version originale et intégrale, la seule autorisée par l’auteur.   —   Le Crayon-feutre de ma tante a mis le feu, nouvelle.

L’Agonie d’un Chasseur, ou Les Métamorphoses du Ouatever, novella.    –   La Naissance d’un Sorcier, nouvelle.

C’est Der Fisch qui a détruit Die Mauer, nouvelle.   —   Émile Newspapp, Roi des Masses, novella.

Et Paix sur la Terre (And on Earth, Peace), nouvelle.   —   L’histoire du vieux pilote de brousse et de l’aspirant audacieux, nouvelle

Le beau p’tit Paul, le nerd entêté, et les trois adultes qui disent pas la même chose, nouvelle  —  La chambre à louer, le nerd entêté, et les quinze règlements aplatis  —   La mésange, le nerd entêté, et l’érudit persiffleur

Jack le Canuck, chanson naïve pour Jack Kerouac,  poème  —    L’histoire de l’homme qui aimait la bière Molson et qui fut victime de trahison

Loup Kibiloki ( Jacques Renaud ) :  La Petite Magicienne, nouvelle;  La Licorne et le Scribe, nouvelle.


Sur Le Cassé de Jacques Renaud, des extraits de critiques

Jadis, la liberté d’expression régnait dans ma ruelle, ou La ruelle invisible

Le Cassé de Jacques Renaud : le vrai, le faussé, le faux  (A-t-on voulu détruire la carrière de l’auteur ?)

Sorel : En 2012, on y censure Dieu et Edith Piaf. En 1971, on y censurait Le Cassé de Jacques Renaud…

And on Earth Peace, Le Cassé, le joual, Jacques Renaud  (Sur Jacques Renaud, l’époque du Cassé, le “joual”.)


Icerocket –  Blogsurfer.us

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