Neuf contes chaotiques, absurdes, loufoques, bizarres : 3 – Jétu Magrippe II (tragédie)

1

Qu’est-ce qu’une tragédie ?

Voici :

Il y a une grosse tempête dans l’Atlantique.

Rappelez-vous le Titanic, même si y avait pas de tempête la fois du Titanic.  Ça aide.

Le bateau coule dans l’eau glacée.

Le prophète, ou le poète, coule au nom de tous les siens et crie ( il s’est allumé une cigarette et s’est brûlé le doigt)  :  «Je reviendrai!»

Et il va à la toilette.

Tire la chaîne.

Et l’Atlantique, dégoûtée, se rue sur lui par la bol en rugissant.


Donc, une tragédie, c’est comme genre tempête dans l’Atlantique avec des mélanges de liquides qui provoquent des rugissements dans les vécés.

On s’énerve.  On se brûle un doigt avec une allumette, on veut crier «ayoye!», on a honte de montrer que ça fait mal, on s’énerve encore plus, on a envie pas possible, on court à la toilette en se tenant, et c’est là qu’on crève noyé au lieu d’aller faire ça tranquille au large avec les autres.

C’est une tragédie.

2

Ce texte “fourchette/pinote” (ce tornon de Jétu Magrippe m’influence avec ses petites barres) se poursuit et aurait pu s’intituler/s’ingrossetuler (comme on commence à le sentir) : «Je me mouille.»

«Je me mouille» signifie que l’eau me touche (ça, c’est du littéral). Cela signifie aussi parfois que j’ose m’engager dans quelque chose (ça, c’est du métaphorique).  M’engager dans quelquechose comme dans l’eau, par exemple.  Tout spécialement si je suis tout nu au bord de l’océan arctique. En hiver.  Si vous frottez assez, la glace, ça mouille.

3

Les bébés vous le diront pas, mais ils ont pas besoin de courage pour se mouiller.

4

Un naufragé du Titanic qui, en tombant dans l’Atlantique, au large de Terre-Neuve, et se mettant à nager tout seul en refusant de sauver un enfant, une femme ou la casquette du capitaine, s’écrierait «moi, j’me mouille pas!!», serait un individu singulièrement doué.

5

Il existe d’autres acceptions de la célèbre expression. Il est certain qu’un chat qui dit, calmement, en le faisant, «je me mioulle…», est un chat qui parle.

Si c’est la coque d’un bateau qui dit la même chose, elle a un drôle d’accent. En tout cas, elle connaît son dharma.

6

Si on entend quelqu’un crier : «J’aime et mouille!»

a) Il s’agit d’une hispanophone s’adressant au monde en français;

b) Et/ou l’on peut annoncer que, dans quelque temps, quelqu’un criera, d’une voix encore incompréhensible, quelque chose qui voudra dire «j’ai mouillé!». La voix proviendra d’une bassinette (si le bébé est précoce) ou d’un yacht.

c) Ou encore, on entendra : «Vous pouvez partir, c’est fini.»

La voix pourrait provenir du cabinet du docteur Avorto Sec.

Il ajoutera : «Moi, j’me mouille.» … Et ira à la toilette en disant : «Je reviendrai.»

Comme sur le Titanic.

7

Une poule déjà mouillée a beau hurler «moi, j’me mouille!!», ses accents courageux nous laisseront perplexes; et on risque d’en apprendre des dégoûtantes si on lui demande «dans quoi?»

Par ailleurs, qu’un prêtre trempe son doigt dans un bénitier et le porte à son front pour prier pendant qu’on bombarde la ville, l’acception de l’expression sera différente et aura une connotation sinon héroïque, du moins sanctifiante. Il faudra bien préciser qu’il s’agit du doigt.

S’il s’agit d’autre chose que du doigt, ce n’est probablement pas un prêtre : c’est un acrobate.

8

Tout ça pourquoi? Oui, pourquoi ces évocations de drames humains?

C’est pour compléter Jétu Magrippe I, tout en donnant un exemple aqueux, clapotant et fécond de la nature d’une tragédie.

Je reprends donc où j’en étais dans Jétu Magrippe I (avant qu’il rapetisse comme un fétu sous l’effet du feu).

Un jour où je me promenais rue Sparti (ou rue Saint-Denis, si vous y tenez – oui, à Moïyal), j’aperçois de la fumée montant du premier étage d’une maison. Je me précipite au deuxième, en sueur (je me mouille). J’entre. Qu’aperçoise? Dos à dos: Jétu/Fétu/Foutu Magrippe et John Steinbeck (c’était avant le décès de ce dernier et ce n’est pas là qu’il est mort).

Conscient de mon devoir civique, je crie «au feu!»

Bon. Une bonne chose de faite.

Steinbeck sort aussitôt (l’expression «au feu!» signifiant que le feu est pris).

Jétu/Fétu/Foutu Magrippe, lui, se tourne vers moi, suave, et me dit: «Mon fils, vous avez le feu. Vous suez. Calmez-vous avec votre “au feu!” Sachez que les mots ne renvoient qu’à eux-mêmes.»

J’étais certain qu’il allait me dire ça !

Si Jétu/Fétu/Foutu Magrippe était sorti immédiatement, comme Steinbeck, sa théorie se serait écroulée avec lui (sous l’ardent sifflement mouillant des hoses dont le jet jetait son eau glaciale et titaniquesque sur nos têtes).

Conséquent, Jétu/Fétu/Foutu Magrippe est resté sur place, droit, fidèle et carbonisé.

Sa théorie, elle, s’est écroulée, malgré lui, sur lui, sous les cris des pompiers qui criaient : «On t’emmouille!!»

C’était une scène effrayante. Il a fallu pousser sur Magrippe pour qu’il tombe. Sacré Jétu/Fétu/Foutu! Il avait pas le choix. D’une manière ou d’une autre, il périssait. Physiquement et/ou intellectuellement brûlé. C’était l’épreuve de l’eau et/ou du feu. On ne nie pas l’eau et/ou le feu. Magrippe était condamné, d’une manière et/ou d’une autre, à perdre la théorie et/ou la face, quoi qu’il/qu’il-ne fasse.

C’est ça, une tragédie.

Si vous avez été assez méchants pour rire, alors vous avez transformé cette histoire plate en tragi-comédie.

Et là, j’m’incline.

Mais dites pas ça au Ticane.

Le quatrième conte s’en vient… Ça y est : Neuf contes chaotiques, absurdes, loufoques, bizarres:    4 – Barnabé


© Copyright 1979, 1989, 2009 Hamilton-Lucas Sinclair (Loup Kibiloki, Jacques Renaud, Le Scribe), cliquer


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