Neuf contes chaotiques, absurdes, loufoques, bizarres : 7 – Parabole ambiguë pour voteurs à clochettes ( rassurez-vous, le titre a rien à voir avec le texte )

Tous las (ça commence bien!).

Tous là (facile). Ils toussaient tous, las (c’est pire!).

Ça faisait déjà quelques siècles qu’ils attendaient (ça sent la catastrophe molle). Tous là. Ils toussaient tous. C’était, comme aurait dit l’autre, la Toussaint des tousseux .

Certains étaient morts, déjà, et les vers de l’oubli (mettez-en, XIXe, gothique) venaient les ronger, souvenir après souvenir (horreur).

Des tuberculeux illettrés (ça se corserait?), par solidarité, s’étaient joints à tous eux (comment résister!). Ça toussait. Pire qu’au concert.  Bien pire qu’à messe.  Toussent timbrés, toussent posthées, toussent collés stiff.   Tous là. Tous las. Ils se dérhumaient, se dérhumaient, se dérhumaient (bon, trois fois, l’idée poigne, assez fit).

Une tête forte, une seule, était déjà partie en crachant la porte et en lançant cette parole qui, par la suite, devint célèbre dans tout le pays: «Maudite gagne de caves!» Selon une scripette-assistante, il aurait ajouté : «Vous vous userez la guelotte en d’inutiles logomachies» (c’était bien tourné) (en tout cas c’était tourné) (j’essaie d’y myther), mais ça demeure improbable, le verbe “user” n’étant pas connu de la secte. Ni du scénariste.

La Banque Centrale disait rien, la Banque Centrale est polie, la Banque Centrale parle pas la poche pleine, mais elle est silencieusement omniprésente.

Cet incident datait d’au moins cent ans. «Tête forte», avaient pensé les tousseux. «Chercheur de trésors, dragon rouge», avaient pensé les autres. Astheure y voulaient à tout prix dire queuq’chose, point virgule. Il le fallait. Queuq’chose. C’était de mise. De mise comme le port du smoking, la soupe ovaires-missels, la voiture pile-patate, le transistor à zipper.

Le temps passa. On toussait par tradition. Sans s’en rendre compte. Un peu comme nos mères faisaient des enfants. Petits toussottements. Petits toussotements. Ils attendaient maintenant le conférencier de la secte Kilmankarkanne-Holy qui devait venir leur dire comment pouvait se dénouer les millions de doigts tordus dans le drame.

Le conférencier est pas venu. Bête de même. Ça vous coupe une histoire. La secte n’apprendrait jamais pourquoi ce conférencier de la secte Kilmankarkanne-Holy, qui était, à ses heures et à celles de tout le monde, écrivain, avait décidé de ne plus écrire. Il avait manqué l’avion. Ou la marche. Le bateau, le radeau ou l’autobus. Ou bien s’était-il aperçu, à la dernière minute, que son zèbre était bipède et qu’il ne pouvait le chevaucher sans le faire ployer vers le devant? Dangereusement? Vers le fond du monde?

Ou peut-être s’était-il, par inadvertance, tranché les veines du poignet sur l’arête trop vive d’une angoisse métaphysique? Ou bien s’était-il coïncé le doigt entre les piquets rapprochés d’un deux points qui, désespérément, lascivement, etchétératement, ne s’ouvrait sur rien? Où donc ce nomade était-il allé planter sa tante? Avait-il sauté avec les deux bombes puantes qu’il était allé déposer, l’une au siège de la revue Conserves, la moitié d’une autre dans les studios radiotélés d’Hypnose-Canada, et l’autre moitié au comptoir des éditions Mensonge? Avait-on oublié de le convoquer? On commençait à le croire, les nouvelles vont vite, et on est crédule quand on est fatigué.

Mais nul ne sut jamais. Oncques ne vîmes le sieur écrivain. Oncques ne sûmes ce qu’il en advint. De lui ou de la secte Kilmankarkanne-Holy. On se moucha du doigt, des doigts devrait-on dire, du bras, des bras, des genoux, des orteils, de la plante des pieds. Un coup bien huilé, chacun rentra chez soi. Qui, au cimetière, qui, au sanatorium, qui, au parlement, qui, à Hypnose-Canada, qui, n’importe où, qui, qui qui.

De l’écrivain à ses heures et à celles des autres? Oncques ne sûmes ce qu’il en advint.

Épilogue :

Y est mort et enterré! La la!
Y est mort et enterré! La la!
Latrouille s’en va-t’en gueeeerrrre,
ris mon thon, c’est comique en baptêêêêêême!
(Sur l’air de «Y avait un jambon jaune pendu au clou
rouge d’la patente à Charles» – cf La Baronne Chanson.)

Épilogue:
(Non! non! c’est fait.)

Le huitième conte approche…  Un contaproche, c’est une sorte de contabroche, ça tient bien quand  c’est tordu solide.  Hey!  V’la l’huitième, y était prêt :

Neuf contes chaotiques, absurdes, loufoques, bizarres  :   8 – La Saga des Ose-Un-Peu.

Ce huitième conte, le prochain, c’est une introduction au peuïsme.  Oui, un conte peuïste.  Il était un peu temps.   C’est un conte un peu extrême, c’est-à-dire très modéré.  Les agents massemédiatiques aiment beaucoup un peu.

Vous l’avez remarqué, c’est sûr:  les agents massemédiatiques utilisent abondamment «un peu», comme dans :  «C’est un peu extrême» (équivalent de «C’est très modéré»).

Ou comme dans :  «Les gens sont un peu fâchés de se faire frauder» (c’est-à-dire qu’ils sont «très satisfaits» de se faire frauder).

Nous sommes entrés, depuis plusieurs années, dans une ère d’abondance d’ «un peu» partout sur les ondes.  Les agents massemédiatiques sont devenus de fidèles et constants répeuteurs peuïstes.

Vous l’avez remarqué?  Non?  Vous l’avez un peu remarqué, non?… Juste un peu ?   Un tout, tout petit petit peu ?  Non?!   Ben ouèyons?!…   )


© Copyright Hamilton-Lucas Sinclair 1964, 1979, 1989, 2009 (Loup Kibiloki, Jacques Renaud, Le Scribe), cliquer


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