L’enfant de Récurebourg. Mémoire lointaine.

Regensburg, Deutschland.

“Moi qui scelle les fleuves aux rives, fileur des eaux, fixeur des givres…”  La ville allemande de Regensburg (Ratisbonne), en Bavière, dans le Sud de l’Allemagne, sur la rive de la Regen, là où cette rivière se jette dans le Danube.

On écrit rarement les poèmes qu’on veut écrire. Les métaphores de ce poème, les images, y sont souvent bizarres, biscornues même. Un bon écrivain les éliminerait ou les récrirait ou les corrigerait peut-être, mais pas nécessairement un poète.

La poésie n’a à être ni correcte, ni incorrecte, ni biscornue, ni pas biscornue, ni travaillée, ni pas travaillée, ni « de notre époque » ni « pas de notre époque ». Le scribe, en nous, accueille et livre. Après coup, il peut bouleverser et ré-écrire complètement le poème – ou ne pas y retoucher, ou presque pas. Non par caprice, mais par intuition. Ou instinct. Dépendant.

Plusieurs des poèmes et des ouvrages de poésie (« suites poétiques ») sur ce blog sont ré-écrits en partie ou presqu’entièrement, et tous sont révisés, mais ce poème, comme quelques autres, n’a pratiquement pas changé depuis qu’il s’est écrit en 1974. Je ne dis pas qu’il ne sera jamais réécrit, mais depuis 1974, c’est pas touche.

Je sais qu’il contient de la mémoire lointaine et que sa forme colle à un fond signifiant. D’une manière. D’une autre. Et j’ai appris, avec le temps, à me fier à ce sentiment-là. On donne bien de l’importance à des «assemblages de mots», vous trouvez pas? C’est parce qu’un jour on découvre que dans des moments cruciaux, one can bet one’s life on them. C’est comme ça. À l’origine, ce poème s’intitulait L’Enfant de Récurebourg. Je l’ai repris. J’avais changé le titre pour Les marches émues de Récurebourg.

L’Enfant de Récurebourg

À Ti-Gars Capitaine
prince ému de ce monde

À Adrien-Laurent Renaud

I

Cordes sur Ciel, Languedoc, Sud de la France.

Un escalier de pierres à Cordes sur Ciel, une ville médiévale du Languedoc dans le Sud de la France.

Moi qui scelle les fleuves aux rives,
fileur des eaux, fixeur des givres,
je noue les ondes qui dérivent
au sens absent qui les torture
et je descends par l’écriture
les marches émues de Récurebourg.

Le soleil brûle dans ce four
et la fumée de ces feux lourds
nourrit les mondes du foetour
(balour amour, humour des fours,
toussottements de l’anti-tour
qui dans le fou rire s’ajoure).

Midi sonne dans les brasilles.
Et sur la place où flicaille court,
hoquette et pète et tape et mord,
un balourd quête et hurle fort
tout boursoufflétant de sa mort
(c’est pas drôle).

Un éclat pâle de rougeur
disperse au vent la grise-foule.

Le rire trotte et trottetine
dans la robe obscure de l’énigme
et dans l’étrange mirobolant,
galop montant, tremblant, mordant,
dans les zébrants éclats de sang.

Une onde lénifie le coeur
et le silence aussi, d’ailleurs,
et le sourire du sphinxe hisse
les déboulements de l’axis.

Récurebourg tombe aux mains d’humour.
Récurebourg tombe aux mains d’amour.
Récurebourg tombe.

Tout l’être vibre doucement.
C’est doucement le temps du vent.
C’est la transe aérée du vent
et le léger des toits d’amour.

Je descendais dans Récurebourg.
Du centre d’une fontaine sourd
l’eau pure qui coule et qui roucoule
(et va remuer dans la mer).

Liais-je en vain l’âme d’amont
à l’ointaine anse du murmure?

Ô non, petit enfant des sources.
Avec ton oeil de nordique ourse
tu déliais les affres douces
et tu riais dans les pures mousses
où tes pieds piégeaient les renards.

Tu liais les fleuves à leurs rives
et tu lissais leurs coulées vives
de ton regard lisse et profond
et tu sautais parmi les vagues
sur la barquette de ton rire,
ô petit éléphant vivant
petit éveille-matin fringant,
ô non, petit enfant des sources,
avec l’épée du jet des sources
qui jaillit finement du crâne
et qui coule tout doucement;
ô non, petit enfant des bruines,
avec ton oeil de javeline
et les ourlis de tes drapeaux
et tes pieds chastes sur l’eau fine.

La flicaille éculée tu mines
et tu l’entraînes au fond des mines.

Rien qu’à brandir l’éclat d’ivoire
de tes dents blanches – et ton regard
fait s’enlacer les rives aux fleuves
et se tordre en riant les morts.

Et tu les purifies de glace,
tu les granules vers les lacs,
et tu les vivifies de fonte
et tu cours, tu cours, enfant des fontes
et des coulées,
enfant des mondes récurés,
fastes,
et qui brillent.

Ainsi naissait, des tourments,
la rivescence d’humour
et le jet blond de l’enfant.

II

Qui portait qui en un ventre d’aimante?
La roue tournait sans exclure le coeur.

Qui portait qui dans la chambre aux lueurs?
L’enfant trottait dans les chambres du coeur.

Qui ourlait qui dans ces antres-demeures?
Le soleil pur y dorait les pâleurs.

L’enfant montait dans les ombres du coeur,
protégé, nu, des ravages où il meurt.

L’ombre des palmes sur sa tête palmait.
Sa vigueur lance au soleil ses attraits.
Sa renaissance percerait les eaux-femmes.
Enfant coureur dans le preste et l’étame.

Et le glissoir aimant du fleuve dans sa rive,
et l’écoulis marbré du bleu doux du pur lac,
habitaient son corps neuf et structuraient sa loi.

Du moins les limons riches étaient-ils abondance
et nourriture dense à sa panse immesure.

La connaissance oeuvrait dans les brumes d’épures
et les zébrures actives des grands fore-annonceurs.

Moi qui scelle les fleuves aux rives,
fileur des eaux, fixeur des givres,
je noue les ondes qui dérivent
au sens absent qui les torture
et je descends par l’écriture
les marches émues de Récurebourg.

1974

© Copyright 1974, 2010 Hamilton-Lucas Sinclair (Loup Kibiloki, Jacques Renaud, Le Scribe), cliquer

Suites poétiques :   Les Enchantements de Mémoire  – Sentiers d’Étoiles  –  Rasez les Cités  –  Électrodes  –  Vénus et la Mélancolie  –  Le Cycle du Scorpion  –  Le Cycle du Bélier  –  La Nuit des temps  –  La Stupéfiante Mutation de sa Chrysalide


Beaucoup de poèmes de Jacques Renaud ( Loup Kibiloki )

Jacques Renaud ( Loup Kibiloki ) : Plusieurs ouvrages de fiction en ligne


La Colombe et la Brisure Éternité    —    La Toupie, la Ballerine et le Miel.    —    La Licorne, poème venu d’une blancheur médiévale    —    Toutes les terrasses du monde s’ouvrent sur l’infini. On va prendre un café ensemble.    —     Monologue de l’âme-soeur    —    Lettre d’eau ou J’ai assez vécu pour savoir combien j’ai voulu être ici    —      Vague de mémoire. Petit tableau d’été.      —   Du commencement à la fin ou L’Oupanishad de l’ Ignorance    —   From Beginning to End or The Ignorance Upanishad

La logique est une muette qui ne cesse de nous faire signe     —    Dans une trappe de trolls      —      Comme une pincée d’or au milieu des ténèbres, la vie croissait       —     Un enfant naît, le pouce aux lèvres, les yeux conscients      —     L’oiseau prend proie      —      L’indicible demeure      —     Une araignée d’étoiles. Stars, and a Spider     —     Les loups et la naissance de ton armée      —     Les pistes instantanées des sillons d’éclairs     —      La Terre va te manger ou Les cellules s’excitent avant l’explosion      —      Dormir conscient, les yeux fermés, le son qui vit      —      L’immensité qui déambule


Rimbaud, le Bateau ivre, et un « lapsus-coquille » : Je est autre.   —   Arrêtez de raser les parterres et de massacrer les plantes sauvages. Plus de 500 espèces de plantes en danger au Québec. Laissez la Vie Vivre!    –       Le vrai portrait de Marguerite Bourgeoys par Pierre Le Ber : un chef-d’oeuvre d’art naïf.    —    Saint André : Dans notre coeur et notre esprit, le frère André l’a toujours été  –        Libérez Omar Kadhr    –      C’est le Train qui les a pas manqués    —     Un jour, la prison de verre et de fer volera d’elle-même en éclats

Cordes sur Ciel, vue du Grain de Sel - lien sur l'image.

Cordes sur Ciel, vue du Grain de Sel – lien sur l’image.

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6 Responses to L’enfant de Récurebourg. Mémoire lointaine.

  1. Pingback: Monologue de l’âme-soeur. Poème. | Électrodes

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  3. Pingback: From beginning to end | Électrodes

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  5. taibi says:

    la vie est belle en Allemagne

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