La métaphore du chalet au bord du lac (9) (un interlude). Le feu, la foudre, l’eau. Un monde sans lyre et sans arc. Le Safe Space totalitaire anesthésiant et le rythme irrépressible du Grand Fauve.

 

2020-2030. L’immanence semble vouloir accoucher d’un volcan. L’explosion est à fleur de conscience. Ça sent l’horreur, la folie, la guerre.

Alors, cette méditation … ( suite deLa métaphore du chalet au bord du lac (8) )

 

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« Sache que jamais les hommes ne se sont crus aussi libres qu’à présent, et pourtant, leur liberté, ils l’ont humblement déposée à nos pieds. »   —  Dostoïevsky, 1880, par la bouche du Grand Inquisiteur dans Les Frères Karamazov, II, V, V.

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« L’harmonie du monde est par tensions opposées, comme pour la lyre et pour l’arc. » — Héraclite, il y a très, très longtemps;  Fragment 51 (Fragments (pdf). Source: Philoctetes.

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« Dès la conception, vous n’aviez pas le droit de naître. Vous n’aviez donc pas le droit de vivre. Vous êtes vivants par caprice féministe. Vous n’avez toujours pas le droit de vivre. Ce droit a été aboli par le droit absolu à l’avortement et il n’a pas été rétabli. » —   J. R. (Carnet de Notes)

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La lyre et l’arc. L’eau et le feu. Le chalet au bord du lac. Le chalet au bord du feu.

Le feu ne peut tuer l’eau. L’eau peut assommer le feu. Pour longtemps. Mais l’eau ne peut tuer le feu pour toujours. Et le feu ne peut s’attaquer à l’eau que sur un mode éphémère. Où est la lyre? Où est l’arc?  Je ne sais plus. Je suis silencieux.

De plus, je suis désarmé.  Littéralement.  Ce n’est pas normal.  Je déteste ça. 

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Il n’est pas normal qu’un être humain soit désarmé. C’est malsain.  Ça produit une  population de têtes-heureuses par compensation auto-hypnotique.  Extrêmement malsain. Dans une société “démocratique”, anciennement, seuls les esclaves et les étrangers, essentiellement, ne pouvaient porter d’armes. La masse écrasante de nos “démocraties” est donc essentiellement composée d’étrangers et d’esclaves .. “Nos” “démocraties” n’en sont plus depuis longtemps. Nous avons été graduellement ou brutalement désarmés il y a longtemps. Nous ne sommes plus libres depuis longtemps.

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La foudre incendiaire surgit au sein de l’orage diluvien. Wagner.

Le chalet au bord du lac peut nous protéger de l’orage. Mais pas du déluge. Noé.

Et une foudre large comme une immense Thora, d’une puissance irrésistible, d’un coup, fend le chalet de son immense dague de feu puis l’embrasse dans ses vastes feuillets incandescents, l’embrase, l’avale, et nous réduits tous en cendres. C’est un Jugement.  « Je vous avais donné la Liberté! Qu’en avez-vous fait ? »  La Liberté est morte — et nous avec.

Ou : Quand le fauve ignifuge bondit simultanément sur tout en rugissant. Omniprésence des flammes.

La lyre est consumée. Plus de lyre. L’arc est devenu invisible. Absent. Tout est silence.

Qu’est ce monde où nous gisons sans arc et sans lyre ?

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Je reviendrai.  La lyre, de nouveau, lissera mes doigts de ses sons.

Et pour réapprendre les grands rythmes fondamentaux, j’irai m’étendre encore dans l’antre apaisé du Grand Fauve qui habite chaque atome du chalet au bord du lac. Le Grand Fauve, qui aura retrouvé son incommensurable champ de densité tranquille, son aura mystérieuse, son ironique somnolence. Passant de la guerre à la paix, de la paix à la guerre, de l’arc à la lyre, de la lyre à l’arc.

Je m’éveillerai dans mes propres cendres encore humides des diluvions.

Et ma première pensée sera de retrouver l’arc.

Le Grand Fauve est notre Rythme Vital.  Le Grand Fauve nous tient en vie.

Le totalitarisme déteste le Grand Fauve.

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Le totalitarisme est en quête d’un Safe Space sans Divin, sans Dieu, sans Fauve, sans Lyre, sans Âme, sans Psyché, sans Arc, sans Contraires, et sans Complémentarité ..

Le totalitarisme a peur de tout ( il est en phase avec la majorité de la population ) et pour cette raison, il tue beaucoup ( il est en phase avec les assassins qu’il entretient, porteurs de badge ou pas, et qu’il nourrit comme d’indispensables injecteurs, amputeurs, tueurs, taxeurs, mordeurs).

Reste la minonorité. Qu’on pourchasse.  Reste les travailleurs de l’Ombre. L’Ombre libre. Porteurs de l’Aurore à venir. Comme des facteurs.  À pieds. Les Tikounes, ces paillettes d’or rédemptrices.  Méprisées.  Inaperçues.  Passant partout.  L’éternelle Aurore.

À suivre

-30-

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[ Les notes qui précèdent, profondément révisées, ont été d’abord écrites dans les années 1990s quand j’habitais Ottawa.

On trouve parfois une copie de ces notes originales, divisées en trois parties, sur certains sites web, sous le pseudonyme de Jocelyn Waller.

Un long extrait des notes originales a été publié en 1999 dans le No 83 de la revue littéraire montréalaise Moebius, toujours sous le pseudonyme de Jocelyn Waller.]

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About Jacques Renaud

Écrivain.
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1 Response to La métaphore du chalet au bord du lac (9) (un interlude). Le feu, la foudre, l’eau. Un monde sans lyre et sans arc. Le Safe Space totalitaire anesthésiant et le rythme irrépressible du Grand Fauve.

  1. Anonymous says:

    La lyre retrouvée ; c’était le titre de mon recueil de poésie publié en 2002.

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