Électrodes

Illustration

Loup Kibiloki

Électrodes

poésie

texte revu, remanié, ré-écrit par l’auteur

Montréal 1962 – Saint-Zénon 2009

Autres suites poétiques :   Les Enchantements de Mémoire  —  Sentiers d’Étoiles  —  Rasez les Cités  —   Vénus et la Mélancolie  —  Le Cycle du Scorpion  —  Le Cycle du Bélier  —  La Nuit des temps  —  La Stupéfiante Mutation de sa Chrysalide

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© Copyright  1962, 2009 Hamilton-Lucas Sinclair (Loup Kibiloki) – cliquer pour lire les conditions d’utilisation. Entre autres:  toute exploitation commerciale interdite.
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«Des yeux cherchent la lune,
des regards percent le vide,
des meutes hurlent » … – Électrodes (1962-2009)

«The reflex is in charge of finding treasure in the dark.»
Duran Duran, The Reflex

La différence a été sectionnée,
son moignon saigne dans le blé.

La langue de l’autre a été tranchée
par le xéno-couteau qui bêle.

La haine veille,
ardente,
au faîte de sa pyramide de sang pur
et sec.

L’enfant de l’infidèle, du goy et de l’étranger
a été égorgé; le sang croît, dégoutte et fête.

Les rues deviennent le pur miroir
de la haine assouvie.

Les brutes ne peuvent pas effacer
la face de l’autre dans le miroir;
c’est pourquoi les brutes brisent
le miroir.

Ainsi les brutes ne verront jamais
leur propre image dévastée.

L’autre, que la brute a chassé,
ne cessera jamais de voir la laideur
qui scelle les traits de la brute
comme une muselière.

L’anéantissement du xénos pourrit
et dévaste l’esprit.

L’autre,
qui est notre profondeur projetée
dans la langue et la peau,
est ailleurs;
c’est-à-dire en nous, là où le miroir brisé
ne peut plus nous conduire.

L’Inquisition a torturé le corps
de sa propre peur.

La justice a tranché
le membre du fellah.

L’élite a claqué les portes du ghetto
au visage du peuple
et le peuple enchainé par l’élite et les brutes
hurle son approbation.

L’humanité féconde et vivante
est celle qui se voit et se sait dans l’autre.

L’humanité qui refuse l’autre
a opté pour la mort, le néant,
le claquemurage dans le ahamkara collectif:
l’égoghetto.

La mort est entrée en plein jour
par la porte de l’ignorance, de la haine, de l’arrogance
et par la gorge hurlante
des grandes brutes habiles.

L’intelligence et l’amour brillent pourtant
dans les débris du miroir brisé que l’on piétine.

La vérité n’est jamais bannie.

Nous marchons sur ses débris vivants.

Elle éveille, sous nos pieds,
des torrents d’énergie qui nous guident en brûlant
et nous font avancer à travers l’humide et la glace.

Amours tentaculaires,
ambiguïté des rapports,
dégoulinures de vanité,
aux cassis des âmes tuméfiées.
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Le pogrom s’est transmis.
Gaza fume et souffre.

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Seul

m’anéantir de dialogue avec mon vide,
tétanos imperceptible.

Seul

clapotis de paupières,
gong de coeur,
rythmes assourdis de silence.

Seul

avec le mutisme de mes univers;
m’étioler vers des feux inconscients.
Pour savoir.
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L’uranium a fissé.

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Il fait frimas.
Il fait torpeur.
Amour verglas.
Torpeur dévore.
Cristaux métalliques au creux des molaires.
Baisers.
Cris rauques.
J’attends l’astéroïde cracheur d’or,
j’attends l’épée de feu
et les sanguinolures d’incarnat
aux replis des psychés livides.
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L’autre couleur de peau a brûlé sur la croix.

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Sur l’acier d’un soleil glacé,
j’ai posé les cieux et les étés
pour bondir vers ton ombre.
Sous les fleurs aux épines latentes,
mes mains ont mordu à pleines déchirures.
J’ai bu. Mes mains ont bu.
Les haines engendrent des gouffres de regards aqueux, bouillants.
Les stalagmites grillagent nos orbites.
Les sources pétrifiées vibrent encore dans la pénombre partout.
Sur l’acier d’un soleil glacé,
s’oxydent les cieux et les étés.
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L’autre race a fondu
dans les fours atomiques.
Notre tour vient.

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Gémissements d’automnes massacrés,
l’amour m’a gavé de repos fulgurants.
J’effiloche des dentelles de spasmes
aux arabesques des menuets de nuit.
Ballerine d’aurore,
lécher ton âme et ton soleil aquatique.
Ressacs de raz-de-marée à des récifs de volupté,
flux et reflux, enroulements de hanches, spirales, tornades.
Univers, prairies, montagnes.
Poudreries. Vertiges.
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La différence a été sectionnée.
Son moignon saigne dans le blé.

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Les lèvres aspirent lentement le prâna bleu,
par un orifice plus fin, plus ténu qu’un atome.
Courants de chaleur
grimpent dans les corps.
Osmoses érotiques comme autant de torsades astrales
dont la finesse, au creux de la nuit, se fond en lumière.
Dans les têtes,
s’épanchent des syllabes, des blues mielleux
qui descendent, montent, circulent,
en répandant leur soif silencieuse
et jamais tarie dans les infinis corporels,
en quête d’aimants, de semences adorées, aimées,
de semences futures.

Crispations des lèvres,
tensions des mains,
entrelacs fiévreux,
pores brûlantes,
moiteurs de mains,
étranglements,
tendresse infinie, minifilante, microfine,
tirante et sans limite comme un fil de platine
infiniment tirante et fine, fine.
Et ça rigole comme une perle.
Absences,
éclatements soudains
dans l’incommensurable voûte mentale.
Le son, là, sans bruit.
Nous ne sommes pas là
pour rien.
Et si nous le sommes,
c’est parce que rien est quelquechose.
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La langue de l’autre a été tranchée
par le xéno-couteau qui bêle.

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Coulure de jazz.
Lueur. Amortissement.
Les hommes ne sont plus que des corps à trancher.
Des corps soumis, sous hypnose, mentis.
Chair à canon. Longuement préparée. Soumise.
Roulée dans la chapelure, l’aspartame, la sucralose médiatiques.
Soûlerie de chair fondante,
tiédeur moite du vide humain.
Les corps ne sont plus des hommes.
Cire mielleuse. Translucide coulure de jazz,
vagissements, gélatines, vertiges.
Les corps, les hommes
se subliment en langueurs de sons.
Vapeurs de jazz. Invisibles cruautés micro-ondes.
L’ogre se gave de masses.
L’ogre amasse. L’ogre se gave de masses.
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La haine veille,
ardente et foncée, au faîte de sa pyramide de sang pur et sec poudroyant.

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Dans les geysers micromondes
giclent les aiguilles du temps qui lave.

Incendie micromonde.
Lacérant. Vermeil.

Microtorrents
dans les gerçures
et les contactions.

Microtorrents
Dans les gerçures
et les contractions.

L’orage délaye nos déserts frigides,
le tsunami nous enlace avec férocité
et nous écrase dans sa vaste patte aqueuse.
C’est sa manière.

Agrippons-nous.
C’est la nôtre.
C’est permis.

La tempête est pleine de cris,
pleine de crescendos,
bourrée d’andantes
et de tonnerres et de gongs éclaboussants.

L’univers
s’engouffre
en ses artères divines
et prend forme
dans un volcan d’ondées crues
et prend forme dans un volcan artériel
et prend forme en un volcan dompté.

C’est Éros universel.

L’angoisse agonise.
Nous brûlons sans périr.
Car nous venons du feu.

Retour. Retour. Retour.
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L’enfant de l’infidèle
a été égorgé;
le sang croît, descend,
dégoutte. Fête ignoble. Destruction.

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Les sarcasmes de Satan
bondissent en boules de feu
et perforent nos jeunesses.
Les boules de feu rythment brisures,
rythment avec fracas.
Chants coagulés,
strates implacables
aux tréfonds des psychés.
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Les rues deviennent le miroir
de la haine assouvie, inassouvie.
L’asoura établit son royaume,
il y a longtemps,
dans le système nerveux.
Restez calme, souriez, empoisonnez-le de douceur et de bonne humeur tranquilles.
Non. Plus tranquilles, plus profondément tranquilles que ça,
plus loin, poussez plus loin, sans rien heurter. Cette immensité paisible vous arrache au servage et vous rend votre immense lieu. Cet immense lieu personnel, c’est vous-même. Unique. Divinement unique.
Ce lieu personnel et sans fin, c’est le chaitya pourousha.

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Odeurs de ciel orangé.
Vous ramenez les yatagans du souvenir.

Civilisations décimées, réduites en sables, caressent les pieds.

Langues tordues des lunes pourpres,
nuages coruscants d’acuité,
crépusculaires duels aux flammes
entre les nous désarticulés.

Vapeurs de ciel orangé,
caresses de poignards.

Les poitrines du passé
ont un cri carbonisé
en plein cœur.
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Les brutes ne peuvent effacer
la face de l’autre dans le miroir.

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Immense tristesse
s’abîme de couleurs dans l’eau des trottoirs.

Pluie,
humide halo de grisaille.

Traversée d’auréoles dans les cils.
Microfils d’arc-en-ciels filants.
La pluie est un invisible léviathan.

Nous marchons dans le miroir d’acier de l’onde sur la ville.

Avalanche d’automnes,
orbites béantes.

Incapables de filer dans le couloir des étoiles.

Enchevêtrements de solitudes.
Toile d’araignée, réseau d’argent, galactique.
Communicable. Incommunicable.
Instant inné.
Flaques d’amours mortes. Fracas d’artères.
L’amour, jadis soleil diaphane,
se diffuse dans la bâtardise des néons.

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Les brutes brisent le miroir.
Elles aiment le verre cassé,
les tribus décimées,
les destructions massives,
les massacres et les bombes.
Vienne la fin de leur règne.
Viendra la fin de leur règne.

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Simoun.
Crépitements d’entrailles.
Les pores s’étiolent et s’ensablent.

Les mirages désertiques, lisses comme des épidermes de lumière.
Marais salants.
Sueurs. Soif.

La soif, la soif, la soif
finira bien par vous conduire
à votre source.
Et vous direz merci,
vous ne pourrez pas faire autrement,
et ce sera le commencement
de l’immortalité.

Les rictus. Histoire figée dans ses catastrophes erratiques.

Les étreintes asséchées
sous la houille
des soleils estropiés,
carbonisés.

Simoun. Milliards de micro-crépitements sur les rocs.

Narration micro-sable.

Mektoub. Tout est narration indéfinie. Tout est constamment écrit.
Narré. Toute ligne est un écrit. Tout vent proclame et raconte.
La courbe des branches est un écrit. Lisez la courbe des branches.

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Les brutes ne verront jamais
leur propre image dévastée.
Ils la subissent. Ils nous la font subir.

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Poème de la lourdeur,
poème surchargé.

La beauté dans cette pourriture.
La beauté danse.

L’espoir s’écrase sans raison,
assommé.
Les yeux crevés,
l’enfance broyée
sous des tonnes de vies stagnantes,
flasques. Karma collectif. Dans le corps. Ne pas quitter.

On ne peut pas quitter.
C’est une illusion. Une inconfortable illusion.

Libérer le corps.
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L’autre, que la brute a chassé,
ne cessera jamais de voir la laideur
irréversible
qui scelle les traits de la brute
comme une muselière.

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Des yeux cherchent la lune,
des regards percent le vide,
des meutes hurlent,
brandissent des loques d’âmes.
Des étendards de victoire.

Monstres incœrcibles et fabuleux
vautrés aux eaux stagnantes du pourpre.

Orgiaques léchures,
larves naissantes des mouches
dans les putréfactions des blessures
qu’elles aseptisent.

Alliance avec les mouches.

Chaque verset,
un coup de gong.

Le portail vibre.
Quel métal superbe!

Sommeils sataniaques au seuil du cauchemar.

Portail. Étonnant portail.
Souriez en le franchissant.
Si vous allez à la guerre là-bas, préparez la paix.
C’est l’arme absolue.
Aucun vampire n’y survit.

Suceurs d’amours mortes et de rêves décomposés,
insaisissables amants de la haine,
peuples macabres
dans leurs étonnants paradis fétides,
au-delà.

Des monstres hantent l’ignoble cimetière
où se tordent les rêves, les espoirs,
les cieux assassinés.

Si vous allez à la guerre là-bas, préparez la paix:
la paix, c’est la guerre sainte. L’arme absolue.
Rien n’y résiste.
L’asoura ne peut rien contre Charlot.
L’asoura ne peut rien contre Aurobindo.
L’asoura est furieux.
Ne vous en moquez pas.
Trouvez la paix.

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L’anéantissement du xénos pourrit l’âme
et dévaste l’esprit.

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Arbres repliés, écraquillés sur les amours mauviâtres.
Chants d’automnes dégoulinants de printemps rouges.
Les marais sucent les arbres aux branchures sarcastiques.
Les marais se nourrissent.

Odeurs de choses invisibles. Délicats nénuphars avides.
Limpide ciguë.
Marais sans lit, profondeur infinie, lumière au fond, éclatement de lumière sans son.
Sommeils gluants de cauchemars. Éclats de rires. Dissolutions.
Les serpents m’enlacent.
Visquosité somnolente de milliers de bouches rouges
qui lèchent les venins d’amour, qui vomissent les filtres de haine.

Ces métaphores.
Concassez-les.
Trouvez la clé.
Testez les serrures.
Testez-les toutes.

Mon tombeau est un bal serpentaire. Vert-Vers.

Une bière brunâtre corrode les yeux
où la rouille des saisons s’incruste mollement
pour rougir des sillons à nos âmes.

Ces métaphores.
Porteuses de connaissance.
Porteuses de mystères.
Ne soyez pas prudes.
Accueillez-les.
Concassez-moi ça. Trouvez. Quelquechose.

Dans le nid crissant des miettes,
un moineau, une hirondelle, un corbeau, un harfang, un phoenix, un envol.

Les yeux, les âmes.

Marais sans lit. Sans fond.
Tombeaux serpentaires.

Au-delà,
j’écoule mes couleurs aquatiques
comme s’écoule le lent tourbillon des astres musicaux.

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L’autre,
qui est notre profondeur projetée dans la langue et la peau,
est ailleurs.

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Crève tes yeux, Œdipe.
Tu devras le faire jusqu’à ce que l’on comprenne
la profonde complexité de ta tragédie.
C’est ça, ta tragédie.
Ta tragédie, c’est nous.

Tu traînes tes lambeaux de regards
dans un cliquetis de tessons de bouteilles.
Tu crèves tes yeux aux perçoirs de l’invisible,
jus violettique de ténèbres,
vins grecs et tribaux irradiés,
tavernes somptuaires,
baisers maternels, suçoirs d’apocalypse.

Demi-teintes et volcans.

Exilé dans la forêt.

Vents du nord. Grouillements.
Fourmillements, fouaillures, trifouillures.

Ténèbres.

Éclats. Éclats.

Systole. Diastole.

Jettatore,
ferme ta sale gueule.

Tu te crèves sans fin les yeux, Œdipe.
L’impossible devient cadavre,
au rythme de tes lambeaux de regards.

On a tué le tribal.
Et on est devenu aveugle.
Sans vidité.
Sans vidya.
A-vide.
A-vidya.
Greedy.
Greasy.

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En nous, là où le miroir brisé
ne peut plus nous conduire,
tu as plongé.

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Bruits de folie,
sauterelles de crâne,
épines de feu,
lucidité matraquesse,
oxyde et veines, broyés;

vie,
crispation perpétuelle,
fresque d’angoisse,
greffe de désirs emmurés.

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L’inquisition a torturé le corps
de sa propre peur.

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Violon cinglant.
Il crible de douleurs laiteuses
mes squelettes d’automne.
Vibration de sorcier,
ventouse à la raison.
Oui. Mais il cingle vers ma torpeur, m’éveille et m’affine.

Déchire l’épiderme qui voile
en sanguinolures,
en braises.
Laisse s’égarer dans mon gosier de métal
la tiédeur léchante de tes arpèges.
Oedipe.
Ta tragédie tourne en moi
comme la démence même de l’humanité
qui s’aveugle.
Et ça n’en finit plus.
Violon maudit,
ma solitude est sursaturée de tes bavures.
Oui. Les bébés bavent.
Comme les violons.
Ils savent ce qu’ils font.
Charlot, qu’est-ce qu’ils font?

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Le talion a tranché
le membre du fellah.

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Orages de feu,
submersions sensorielles,
accumulations nocturnes
de crépuscules flamboyants,
je me soûle
à la mamelle
du soleil.

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L’élite a claqué les portes du ghetto
au visage du peuple
et le peuple enchaîné par l’élite et les brutes
hurle son approbation.

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Cœurs, muscles d’alchimie, et au-dessus:
girouettes, pierres à soleil.
Neigeuses giboulées févrifuges,
dousorcellerie ramures et houles,
globules étranges à la volée,
bouillir de pluies et de rosées,
amourelles dans les fenouils de dix-huit feux.
Sons sous la langue, rires sous les hanches,
regards bleus et corps vibrants,
les électrodes dans la voix
et les ondes démesurées des solitudes qui s’amalgament
dans un bruissement de secondes,
fi d’amour et de je t’aime,
fi de haine et de good bye,
sans adieux et sans horloges,
sans soleil et sans lune,
sans cris de perroquet,
nerfs unis jusqu’au plasma,
bourgeons d’hiver et musiques lunaires,
blues bibliques et jus de mer,
ciel-étoiler l’univers.

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L’humanité féconde et vivante
est celle qui se voit dans l’autre;
l’humanité qui refuse l’autre
a opté pour les éclatements de sang, les holocaustes,
le génocide de toutes les palestines,
le néant.

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Tais-toi,
écoûte.
On ne crie plus,
on ne geint plus.
Le bleu poudroie en silence.
La source cascade,
elle assagit les fièvres.
Moelleuse blancheur de lait
nous allège vers les cieux.
Soleils de terres promises,
autant d’immenses prunelles d’enfants,
autant de remous puissants,
simples et solennels. L’essor.
La symphonie divine tourbillonne sans fin.
Elle sème la folie dans les formes fermées
qui résistent.
Elle sème l’éveil et la fin de l’hypnose
dans les formes fermées
qui s’ouvrent.
La raison baigne dans son champ vide et puissant.
Son repos.
Le sang retombé sur nos enfances
délaye une terre friable à nos semences de cris.
On a semé.
Contemple le silence. Il vient combler l’exsangue.

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La mort est entrée en plein jour
par la porte de l’ignorance, de la haine, de l’arrogance
et par la gorge hurlante
des grandes brutes habiles;
l’intelligence et l’amour brillent pourtant
dans les débris du miroir brisé qu’on piétine.

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No Man’s Océan

Finesse de stylet
filons de caresses
moissons de globules
jazz de pluiailles
pluies de moissons
pathétisme de prairies
fenaisons ventriloquentes.

Rameurs de felouques
rameuses de rameurs
houlures océanes
chansons hâlées
barques plagelées
rivages ciselés
de dentelures tripotantes.

Les cris de la Sardaigne
les cris du Brésil
le crissement des planètes.

De la terre à lune,
les comètes s’assemblent
pour la course au cosmos.

Montréal pour ton sein.
Un baiser qui submerge.
Édifices croulants sous des soleils blasés.
Salive de chlorophylle aux sourires des pavés.

De mars à jupiter
d’amour à janvier
disloquer les digues – embâcles de chair
draves de nébuleuses
fleuves de genèse.

Tourbillons de psaumes
nuages de bibles
silhouettes de Vénus
danseries ballerines
tam-tams de la belle Ébène
déportation vers nous tous.

Déboulures de siècles
en déploiements sismiques
inexorables et sans retour.

Avant et après le Christ
avant toi et après moi
avant la grotte, après la bombe,
des myriades de vaisseaux
tous coulés tous sombrés.

Chorégraphies de fleurs
chevelures de pollen
blonderies incarnates
cascades de regards.

Mousses de cheveux à des galets de lèvres,
grêle trépidante de nos doigts,
ondoiements d’algues sous des aquilons de baisers.

Je vogue
sur le no man’s océan.

Je sombre entre deux eaux.
Pour caresser les ajoncs, les nénuphars géants.
Pour dilater l’iris entre deux clairs-obscurs.

Mer,
ingurgitation de prophète,
sommeil de raie au lit drapé d’épaves;

refuge du temps
sonorité
no man’s océan.

Clairs de lune tape-à-l’œil.
Amours klaxonnées sous les sourires blasés des snack bars.
Rires criards des panneaux-réclame,
coca-cola et bas de soie.

Nerf optique, vibration douloureuse de regards électrisés.
Iris kilowattés.

Tympans qui trébuchent sur des musiques de ferraille.

L’être soulevé par un gonflement d’anxiété
qui voudrait humaniser les rires piastrés des night-clubs.

Les contacts humains,
financés,
où croupissent les efforts futiles
d’une civilisation malengueulée et dollarisée.

Les tendresses, les amours, la douceur,
tribaux et primitifs comme des mains de femmes sur des bras d’hommes,
bâtardisés, domestiqués, bien enfouis dans les tiroirs-caisses de l’insécurité. Bien enfouis dans les tiroirs-caisses de la sécurité. Bien enfouis, tassés, scellés, embétonnés.

Avidité. Comme dans a-vidité. Comme dans a-vidya. Comme dans a-veuglement.

Comme si chaque goutte de salive voulait corroder tout l’être.
En commençant par les cordes vocales.
Pour que l’humain s’éteigne en silence,
les yeux en icebergs,
bercé par une houle boréale.

Pour qu’il s’éteigne dans cette dernière
position prétexte,
à peine vraie pour des secondes déjà scindées.

Pour que l’homme puisse se laisser aller enfin
au bercement puissant du mutisme,
et qu’il éteigne en silence l’avidité, l’avidya, la bêtise…
En silence.
Silence.
Sans jacasser, casser, casser,
sans tout casser pour une seule fois.
Lentement.
Lentement.
Éternellement.

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